ACTUEL Février 1989 n°116

Pendant sept jours, j'ai été un RITA MITSOUKO par Jean-Pierre Lentin.

Les RITA MITSOUKO détestent s'emmerder pendant les interviews. C'est pour ça que nous nous sommes embarqués tous ensemble, les Rita, Actuel, Virgin et Raymond Depardon, le photographe, dans ce coup de folie : faire une chanson avec eux, et me transformer, moi, journaliste, en musicien.

Rendez-vous chez les RITA MITSOUKO pour préparer les séances. Ce sera notre seule entrevue avant de rentrer en studio. Ainsi travaillent Catherine Ringer et Fred Chichin : minimum de préparation, maximum d'imprévu en studio. Un fond de cour près du canal Saint-Martin. En, bas d'un escalier en bois, du matériel entassé, du bric-à-brac. Au premier étage, les quartiers habités. Dans l'énorme cuisine, ils finissent leur dîner : camembert et vin rouge. Leur fille, Ginger, dort déjà. On s'installe au salon, un vrai hall de gare dont on voit à peine le fond dans la pénombre. Gros fauteuils éparpillés, guitares, piles de disques, tapis jetés un peu partout, et d'énormes plantes vertes en pagaille. Rien de luxueux mais pour eux, le luxe, c'est l'espace.

Fred enfourne une cassette dans la chaîne : une sorte d'esquisse très vague de notre futur morceau. Ça vient d'une bande que le duo a bricolée à la maison il y a pas mal d'années pour les besoins d'un spectacle de danse. Un son plutôt crade et une belle émotion brute. < Oooooon vaaa daaannnnssseeeeeeer >. Le refrain est étiré, marmonné, arabisé, sur une rythmique qui tourneboule comme du Beefheart.

Catherine sort des petits carnets, des carrés de papier détachés de blocs-notes pour téléphone. Des phrases jetées il y a quelques jours ou des mois, ou des années, qui pourraient servir de couplets: <je suis triste et tout me dégoûte >, litanie d'une journée de déprime...

Vendredi, 14 h 00. La camionnette est arrivée, bourrée de grosses malles métalliques aux coins blindés. Les déménageurs hissent le matériel au premier étage. Au studio Davout, Fred et Catherine ont enregistré une partie de Marc et Robert. Ils aiment bien l'acoustique du studio. A cause du marbre clair qui recouvre le sol et les murs : le son est plein et résonnant, flatteur pour la voix.

On déballe. Plusieurs guitares électriques. Deux synthétiseurs. Deux boîtes à rythmes. Des percussions. Une mandoline (qui a servi pour une séance photo, mais pas pour < Mandolino city >, entièrement fabriqué au synthé et au sampler).

Raymond Depardon a déjà commencé à photographier. Ça fait clic doucement mais régulièrement. Il est discret comme un chat, c'est un de ses talents légendaires...

15 h 45. On se retrouve dans la cabine. Notez bien la différence entre le studio et la cabine : le studio, c'est la pièce en marbre complètement nue. La cabine, elle, contient la console, les magnétophones et tous les appareils bidouillants divers.

On va commencer par les pistes rythmiques. Une seule drum machine, et déjà huit pistes d'un seul coup (sur les quarante-huit pistes numériques de l'énorme bécane Sony qui va enregistrer nos élucubrations on n'est décidément plus à l'âge du quatre-pistes-dans-la-cuisine ... ). Huit pistes séparées dont il faut régler les sons, les niveaux d'entrée, les corrections grave-aigu, les réverb et effets divers…

Suggestion de Catherine :

< Bon, on va laisser Fred se débrouiller avec Pascal (l'ingénieur du son) sans lui prendre la tête. On passe à côté ? >

< A côté >, c'est la salle de repos. Notez encore : après la cabine et le studio, voici l'endroit le plus crucial pour l'enregistrement d'un disque. Ici, elle est vaste. Plusieurs canapés en équerre et tout l'équipement indispensable : Une télé avec Canal +, une machine à café, un frigidaire, des téléphones. En bref, c'est notre salon. Catherine est au téléphone. Libération propose que les Rita Mitsouko commentent l'actualité tout le long d'un numéro pour célébrer la sortie du nouvel album. Catherine s'excuse : < C'est très flatteur... On aime bien ce journal... Mais on a des idées trop simples... Franchement, nos conversations de café imprimées dans un journal, ça sera nul... > Pain, beurre, jambon, fromage, tranches de rosette, bières et café soluble. Tous derrière Catherine à boulotter dans le salon pendant qu'à côté Fred branche une chambre d'écho, ajoute une note de basse synthétique sur un tom et voilà, il est à peu près content. On va enregistrer ?

Hier soir, chez eux, ils ont préparé plusieurs rythmiques sur la drum machine. On les appelle en tapant un numéro, 53, 55, 57... Le jeu va consister à enregistrer d'un trait en passant d'une rythmique à l'autre, sans trop savoir quelle sera la structure de la chanson.

17 h 45. Ça y est ! L'enregistrement va commencer !

Tchac, tchac, quelques percussions (électroniques) isolées pour démarrer, et puis on fonce. Fred se tord sur sa guitare et crie les numéros, Catherine, concentrée, les tape sur la machine. Au milieu, une erreur de numéro a placé un passage rythmique très binaire qui n'avait pas du tout été concocté pour ce morceau-là. Ca n'a pas choqué sur le moment. Et à l'écoute ça sonne plutôt bien. < C'est une erreur, mais on va l'utiliser... >

19 h 00. Nous revoilà dans le studio, entourés de marbre. Fred a tenu absolument à brancher un vieil ampli pourri, acheté cent balles, déglingué, dessoudé, et dont il semble très fier. < Tu va voir, quel son d'enfer! > Dommage, on entend une station de radio dans l'ampli. Qui grésille, nasille, sature, vrille la tête On a beau régler dans tous le sens, c'est cra-cra. On laisse tomber.

19 h 30. Retour en cabine On branche deux guitares en prise directe sur la console. J'ai bien dit deux guitares. Fred et Catherine, chacun la sienne, enregistrant les parties de guitare en duo - c'est très inhabituel en matière de prise de son, normalement chaque instrument fait son boulot séparément. Ce qui est plus rationnel - et moins chaleureux. Maintenant, trouver le son pour chaque guitare. Ça manque un peu d'arraché, là... C'est trop électronique, trop ouin-ouin.. Qu'est-ce qu'on pourrait trouver pour le rendre plus sauvage ? ...

20 h 00. A deux guitares, il improvisent sur la rythmique enregistrée, s'arrêtent. Fred veut changer de son, Catherine se fait un sandwich dans le salon, et puis on commande des pizzas au chorizo, livrables au studio.

21 h 30. On se retrouve tous en cabine. Va-t-on enregistrer les guitares pour de bon ? Oui ! Première prise à 21 h 40. Deuxième. Troisième. Hou là là, on est là pour un moment. Faut se chauffer. La réécoute rapide provoque des cris d'indignation et des hoquets de rire. Fred : < C'est donbi ! > - Catherine : < Ça part en couille ! >. Enfin à la huitième prise, vers 22 h 30, on a quelque chose de partiellement bien. Fred et Catherine ont un système élaboré de moues, grimaces, grognements et soupirs - ils se mettent d'accord avec une rapidité quasi télépathique.

< Il est minuit moins vingt. Faut se casser. Sinon demain on va être naze. >

A minuit pile, Fred démarre la grosse moto garée sur le trottoir devant le studio, Catherine monte derrière.

je suis plutôt abasourdi. Les heures ont passé très vite, comme un rêve et les Rita Mitsouko m'ont surpris - Fred concentré comme un grand pro, autoritaire et guettant l'approbation dans les yeux de Catherine... Catherine qui ne tient pas en place, fredonne, gigote, grimace, ricane et joue de tous les instruments, en guettant les commentaires de Fred. Pas de doute, le duo fonctionne au quart de tour.

Samedi, 15 h. On prend les mêmes et on recommence. Un synthé pour étoffer les pistes rythmiques.

18 h 15. On s'y remet... Et l'instant redouté arrive : ça va être à moi. Glarg !

je fais le nonchalant qui rigole, mais j'ai le trac. En poussant les lourdes portes capitonnées du studio, petite bouffée d'angoisse. Ça fait des années que je n'ai pas posé les doigts sur mes instruments. J'ouvre l'étui de la guitare basse. Ouah, la poussière ! L'autre instrument n'a pas de boîte, c'est une pandore, ou pandora, un luth à huit cordes sur un modèle de la Renaissance, la forme et le son rappellent un peu le bouzouki grec. Cette rareté est ma botte secrète. Au moins,même si je m'emmêle les doigts, j'aurai un joli son.

Catherine va jouer en même temps que moi de la guitare électrique. Nous sommes côte à côte sur le marbre, séparés par un gros ampli pour isoler un peu les micros. Je ne vois que sa tête qui dépasse. Elle rigole, déconne, pousse des roucoulades - je me sens un peu plus détendu. Il faut croire aux miracles. Je suis entré dans une sorte de transe légère. L'univers, pour moi, s'est concentré en une petite bulle : mes doigts et mes ongles sur les huit cordes métalliques, et les sons dans le casque. Et puis crac, ils sont prêts là bas, derrière la vitre, dans leur aquarium... Et ils nous font tourner la bande! Quoi ? Tout de suite ? Sans rien discuter ? Hou la la. Faut plonger. La prise est minable. Même pas la peine de réécouter. Chacun cherchait de son côté. Fred aboie dans nos casques :

< On en fait tout de suite une autre, vous allez vous chauffer, ça va venir. >

J'ai perdu le compte des prises, et du temps qui passe. Il faut que ça vienne naturellement, instinctivement. Et de prise en prise je sens bien les moments où ça colle, d'ailleurs Catherine et moi commençons à refaire ensemble les mêmes figures. Une piste, enfin, semble honorable. On la garde!

21 h 30, pause. Catherine va danser et chanter dans le studio un petit moment, pour le plaisir.

Elle nous fait la totale : < La victoire en chantant >... de l'opéra... Tino Rossi... espagnolade... goualante parigote... Incroyable à quel point elle arrive à imiter tous les styles, tous les accents, tous les types de chant.

23 h 30. Première prise pour la basse. Partie après partie, en une vingtaine de prises, on avance, on atteint minuit, et nous revoilà sur le trottoir du boulevard Davout. Décidément, les Rita Mitsouko ne plaisantent pas avec les horaires...

Dimanche. Bizot a baratiné Cheb Khaled au téléphone et les Rita, intrigués et excités, n'ont pas été trop difficiles à convaincre : pour corser l'exercice, le plus brillant et le plus imprévisible des chanteurs de rai a promis de passer au studio et de chanter sur le morceau ! Viendra ? Viendra pas ? En attendant, on réécoute, on fignole - un son à changer, des pistes à recopier ou à nettoyer.

17 h. Fred, à la guitare < Funk! Faut faire fôôônk! >

- Pas du tout, ça va casser l'ambiance.

- Ecoute, on peut pas faire le genre chameau pendant tout le morceau. Tu veux pas qu'on essaie ?

- Faut toujours essayer... >

17 h 30. Passés maîtres dans l'art de ne pas insister quand l'inspiration résiste, les Rita ont posé les guitares et cherchent un son sur le synthé, un son aérien, mystérieux. Miraculeusement, la première prise est parfaite.

22 h 15. La soirée s'avance et Catherine n'a toujours pas chanté. Elle a retardé jusqu'au dernier moment... Mais il va falloir s'y mettre. On discute une dernière fois des textes.

< Quand j'ai écrit ça j'étais dépressive. J'avais envie de prendre le contrepied d'Actuel. C'est vrai quoi, je ne me sens pas tous les jours dynamique, ouverte, curieuse de tout, dévoreuse d'infos, de nouveautés. Et puis il y a eu les émeutes d'Algérie. Cette phrase m'est venue : dans le sang chaud des enfants... >

Fred : < Le sang des enfants, tu veux vraiment ? T'as pas écrit ça pour faire plaisir à Bizot ?

- Non, le sang des enfants, ça me touche.

- Mais tu ne vas pas changer d'avis dès demain ?

- Pourquoi tu me dis ça ? Parce que ça craint ?

- Non-non ! je veux juste être sûr... >

Il y a de la bouderie dans l'air. Fred est énervé, Catherine ricane.

23 h. Ça y est. Elle va chanter ! Quel souffle ! Elle se tord sur elle-même, se plie sur le ventre. Première prise. < Hou la la, ma voix s'use vite ce soir. > Deuxième prise. < je ne pourrai pas faire plus. > 0n imagine une version composite avec les meilleurs moments des deux pistes. En tout cas, dès la première prise, les couplets se sont parfaitement calés sur les changements de rythme.

0 h 15. Catastrophe. Tous les paquets de clopes sont vides. Trois fumeurs en manque : Fred, Pascal et moi. Catherine, elle, ne fume pas, mais tête régulièrement une taf, juste une, sur la clope de Fred. Qui entreprend de rouler une cigarette avec les mégots qui traînent. On continue quand même. Par moments, les Rita Mitsouko arrivent à travailler à une vitesse insensée, pour essayer chaque idée dès qu'elle se présente. Sur le clavier, j'ai quatre notes à jouer - mais lesquelles ? Ma première idée est très vite modifiée, Fred et Catherine ont chacun leur mot à dire. Il faudra quelques minutes pour se mettre d'accord, et c'est en boite...

2 h. Ça sent la fin. Déjà ? Evidemment, Cheb Khaled n'est pas venu...

Catherine, très excitée, veut absolument chatouiller Fred sous les bras. Et Fred n'a pas envie de rigoler. < Arrête! Arrête, je te dis ! > juste quelques secondes d'électricité dans l'air. En d'autres temps, ces deux-là ont dû échanger des baffes !

2 h 30. Dans le taxi du retour, Depardon donne ses impressions. < Ça m'a fait penser au film Le Mystère Picasso. On voit les oeuvres se créer sous nos yeux et on s'aperçoit que pour chacune on est passé par trente tableaux différents, dont vingt-neuf auront disparu à jamais. Là aussi, j'ai entendu trente morceaux différents >

Jeudi 21 h. journée supplémentaire - Khaled a juré de venir - Tout le monde est là : Fred, Catherine, Pascal et Raymond. Pas de Khaled. Mais, posé dans un coin, une valise à synthé... Bon sang, c'est le fameux Elka de Khaled avec les quarts de ton arabes ! Il est donc passé en avance. Du jamais vu ! Et il est reparti...

22 h. Dans le salon, venus d'une autre cabine, Les Négresses Vertes, un jeune groupe rock, et leurs copines, ça fait du monde. Mais pas de malaise. Tout de suite, on discute comme entre potes. Le pare-brise du camion à changer, l'assurance, des tas d'autres petites merdes, les Négresses ont l'air salement coincés.

Catherine : < Ça vous dépannerait, un chèque de dix mille balles ? >

Silence soudain. Les Négresses Vertes sont estomaquées. < Allez, déconne pas...

- Mais je suis sérieuse ! >

Rouges pivoine, les Négresses bafouillent. < Ben, alors, si vraiment... Mais attention, on te les rend, hein, dès qu'on pourra! >

Catherine: < En ce moment, j'ai du fric, pour la première fois de ma vie et je ne m'y suis toujours pas habituée. Mes parents étaient peintres, ils n'avaient pas un rond... Alors, si je peux aider des musiciens sympas... >

A minuit Cheb Khaled fait son entrée. Et quelle entrée ! Il a amené tous ses potes, Cheb Kada, Cheb Tati, Djellali très allumé, plus un vieux producteur oranais ventripotent. Tout le monde s'entasse dans la cabine, et Khaled est toujours en bas de l'escalier. Il est le dernier à monter, en djellaba blanche brodée ! jamais je ne l'ai vu comme ça! Au bout d'une heure de palabres joyeusement alcoolisées, Catherine et Khaled s'enferment ensemble dans le studio. L'ambiance est au plus chaud. Khaled se tord de rire, Catherine sautille sur place. On vire tous les badauds de la cabine. Et c'est parti. Les réglages, d'abord. Pas commodes. Ils vont chanter en duo, il faut les séparer par un paravent. Et trouver la bonne place pour le micro de Khaled, qui n'arrête pas de tourner en tous sens. < Donnez-moi un peu d'écho... moi, pour vivre la musique, il faut que j'aie l'impression de chanter avec la montagne, ou d'être tout seul au milieu d'une forêt... >

Catherine : < Fais-moi la même chose sur mon son. C'est bien pour ça qu'on est là, pour tenter des trucs nouveaux ! >

Fred : < Bouclez-la et allez-y Arrêtez de jacter ! > Première prise. Et plus rien à voir avec la chanson de l'autre jour. Catherine hurle des vocalises arabisantes, Khaled improvise.

Le ton est donné. Aigre-doux, sucré-salé, douche écossaise. Les susceptibilités à fleur de peau. Ils sont tout sourire, la seconde d'après ils s'engueulent.

Khaled : < J'ai travaillé sur les plus gros synthés du monde, je sais ce que je dis. >

Fred: < D'accord, mais voilà comment on va procéder... >

Khaled : < Il est génial, Fred. >

Catherine : < J'ai quand même pas épousé un crétin! >

Fred : < On perd du temps. Allez en studio! >

Le whisky a sérieusement descendu. Ils vocalisent de plus en plus furieusement. Ça hurle, ça gémit, les deux voix se cognent l'une sur l'autre et font des étincelles violentes.

< Tout peut arriver, dit Fred. C'est la première fois que je travaille comme ça. Ça peut être génial ou finir à la poubelle. >

3 h 40. Catherine arabise à fond. En cabine, Fred fait la grimace. < Elle est en représentation là, c'est pas elle, c'est pas son coeur... >

Catherine prend Khaled, à part, armée d'un bloc-notes.

< Faut écrire des paroles. je te chante : on va danser, où m'entraînes-tu ? Tu me réponds quoi ?

- je te dis, fais-moi confiance, viens, je ne t'ai pas trompée.

- Et moi je dis, tout me dégoûte, je suis triste.

- Excuse-moi, c'est ma vie... >

4 h. Catherine s'écroule. < Allez, faites des claviers, des guitares, nous on en a marre. Allez les garçons ! >

On branche le synthé de Khaled. Dès que la bande tourne, Khaled change de son et tous les réglages sont à refaire. Fred s'arrache les cheveux.

5 h. Les potes sont partis se coucher. On se retrouve entre nous, dans le salon jonché de bouteilles vides, la tête ourdonnante, la voix pâteuse, les jambes flageolantes. Mais tout le monde est aux anges, sur un petit nuage.

Les Rita proposent à Khaled de passer la nuit chez eux. Il hésite un instant, mais préfère partir de son côté. Tout le mondé descend les escaliers bras dessus bras dessous, en rigolant très fort. On se sépare avec des embrassades. Rendez-vous demain à 17 h pour un nouvel effort !

Vendredi, 13 h. Chez moi, coup de téléphone de Catherine. < Pas la peine de venir, on a annulé le studio pour tout à l'heure. Préviens Khaled. On n'en peut plus. Cette nuit nous a démolis, on n'a même pas pu dormir. On n'a fait que de la merde ! Tout à jeter ! Allez, on se rappelle. Salut. > Clic. je n'en reviens pas. Quels lunatiques !

Jeudi, deux semaines plus tard, 20 h. On a retenu deux heures de studio, pour écouter les prises Khaled.

Conclusion: < On aurait pu faire tellement mieux! Tu te rends compte, ce type est le meilleur chanteur algérien, nous sommes au mieux de notre forme, et on sortirait quelque chose de médiocre ? En une nuit, on a juste eu le temps de faire connaissance. Il faut tout retravailler et prendre son temps. Et puis, décidément, ne plus jamais bosser la nuit... >

Samedi, un mois plus tard. 15 h. On a retenu deux journées, une pour la finition et une pour le mixage. C'est juré, on termine !

Cette fois, nous sommes studio Plus XXX, aux Buttes Chaumont. Un autre décor : murs noirs, immense vitres coulissantes, ambiance vaisseau spatial. Catherine s'est habillée en noir et gris, les cheveux dénoués. Décidément, je n'ai jamais rencontré une fille qui change à ce point d'allure, de visage et d'expression, d'une seconde à l'autre. Et aujourd'hui elle porte de grosses lunettes à montures noires !

Le surlendemain matin à 5 h. On a fini 1 En plus vingt-trois heures non stop, le mixage a de la gueule. Fred sourit aux anges. < On voulait savoir si on était capables de bien mixer sans l'aide d'un réalisateur comme Tony Visconti... >

Plus aucun doute : seuls en France, les Rita Mitsouko me font penser à Prince. Ces gens là réinventent leur son pour chaque nouveau morceau, comme s'ils repartaient sans cesse de zéro. Chaque enregistrement est un petit miracle.

Au fait, les avis ont été très partagés sur ce morceau. Comme toujours ou presque avec les Rita Mitsouko. Moi, au moment d'écrire, je continue à l'adorer. Mais je n'ai plus aucune objectivité... Jean-Pierre Lentin

> voir également la page dédiée à On Va Danser, avec les paroles de la chanson et les photos de la session d'enregistrement.