COMPACT # 28

Texte : Henry Dumatray

Les coulisses de la Femme Trombone des Trombone des Rita Mitsouko

Atypiques personnages du rock français, les Rita Mitsouko cheminent en marge des courants mais jamais loin du progrès. Leur nouvelle vision sonre – la Femme Trombone – est arrivée dernièrement, et Catherine Ringer en parle avec vie et passion, comme sont ses chansons.

Musicalement, en quoi La Femme Trombone diffère t-il de ses prédécesseurs ?

Nous sommes partis dans l'idée de faire de véritables chansons, pas trop longues. Nous n'avions pas l'idée de faire des morceaux, juste des chansons de quatre minutes environ avec des textes simples, plus directs. S'il y a eu une idée directrice, ce fut celle-la mais d'ordinaire, nous nous laissons aller à faire simplement ce qu'il nous plait

Avez-vous expérimenté de nouvelles sonorités ?

Nous avons beaucoup travaillé avec Iso Diop, qui est un producteur reconnu pour son tra­vail dans le rap français. Comme il est guita­riste et que Fred faisait les guitares souvent seul (parfois un peu avec mon aide), nous en avons profité pour mettre pas mal de guitares sur cet album.

Il reste la base Rita Mitsouko. Comment la définiriez-vous ?

Je ne la définis, pas. C'est à vous autres, jour­nalistes, que revient cette charge ou même au public. Dans la chanson, on peut se permettre de faire beaucoup de choses, de prendre des rythmes tres variés. Sur ce plan, nous jouons simplement ce que nous avons envie de jouer.

Pensez-vous que les gens seront surpris à l’écoute de cet album ou les Rita sont-ils toujours aussi reconnaissables ?

En tout cas, nous nous recon­naissons parfaitement dans ce disque. Je pense qu'il en ira de même pour le public. D'ailleurs nous avons eu déjà l'occasion de jouer ces morceaux live, avant la sortie du disque, et ça s'est très bien passé. Cela dit, l'album était déjà achevé lorsque nous avons fait ces concerts : il ne s'agissait nullement de tester ces nou­velles chansons. La maison de disques nous ayant dit que la sortie serait en septembre, nous voulions faire un peu de scène alors pourquoi ne pas jouer ces nouvelles compos ?

Certains textes sont à la fois très touchants et très crus. Est-il difficile de se mettre à nu ?

Vous savez, c'est agréable de pouvoir écrire sur des sujets assez profonds et intimes. Ensuite, c'est la manière dont on l'écrit mais la poésie a toujours été ainsi ou la chanson : il s'agit a la base d'exprimer des sentiments qui vous touchent. Si on traite de sujets dont tout le monde parle tout le temps et de la même manière que tout le monde, il n'y a plus ni création ni travail artistique.

Certains préfèrent aborder des sujets politiques, vous préférez parler d’intimité, comme dans « Tous mes vœux » …

Le sujet en question n'est effectivement pas abordé très souvent : la menstruation dégoûte la plupart du temps alors que je ne trouve pas ça spécialement repoussant. J'aime avoir une manière d'aborder la chose, le faire a ma façon, travailler le sujet comme on tra­vaille une pâte. Il en va de même pour "Evasion" : je ne me dis pas "je vais parler de la consommation etc'', je pense simplement qu'on parle souvent de s'évader et en même temps on dit qu'on est la terre de liberté...

Vos textes peuvent inciter à la réflexion. Quel pourcentage vous vient d’expériences vécues ?

 

Il faudrait reprendre l'album, chanson par chanson. C'est un mélange mais tout provient d'une impression personnelle, de remarques sur des faits extérieurs, une histoire arrivée à quelqu'un que j'ai envie de raconter, un jeu de mots, des rêveries

 

Tout cela doit-il faire partie d’un univers ?

Il y a une unité parce que ce sont les mêmes personnes qui les ont toutes composées en un mois et demi, paroles et musiques. Il y a donc une touche.

 

Vous pensez qu’il est possible de faire de la poésie avec tous les sujets ?

Oui. Je ne vois pas de limites. Aucun sujet n'est impossible a traiter.

 

On en déduit qu’à moins de devenir complètement bornée, vous allez écrire longtemps encore !

 

Je n'y suis pas obligée mais tant que j'y prendrais du plaisir, j'aimerais bien. Tout cela me vient assez naturellement, depuis que je suis môme. J'aime écrire des poèmes, chanter, inventer des mélodies, je l'ai toujours fait même sans penser spécia­lement en faire mon métier. Aujourd'hui, cela continue, simplement.

 

N’avez-vous jamais songé à écrire un livre ?

Non parce que je ne suis pas très bonne dans la longueur. J'ai déjà tenté d'écrire des nou­velles, sans y parvenir réellement. J'apprécie ce qui est court, percutant. On arrive parfois a exprimer quelque chose de très profond, ne serait-ce que par le choc improbable de deux mots qui, en apparence, n'ont rien à faire côte à côte.

Je ne le fais pas délibérément. Si on ne res­sent pas d'influences spécifiques, c'est sans doute que celles-ci ne sont pas évidentes. Le filtre de ma personne transforme peut-être toutes ces influences.

Vivez-vous, malgré votre expérience, la réalisation d’un album comme un challenge ?

Oui, on ne sait jamais ce qu'il en résultera à la fin, si ce sera bien, si ça plaira... C'est toujours une expérience, une aventure. Il nous est déjà arrivé de faire des choses qui ne plaisent pas. Certaines chansons ont bien marché, d'autres moins. Lorsqu'on réécoute, on s'aperçoit que certaines choses passent un peu moins bien qu'on l'aurait cru, mais on ne se prend pas la tête à trop réécouter nos albums ! En concert, nous prenons les morceaux que nous avons envie de jouer, en ajoutant quand même toujours quelques hits qui donnent un aspect festif. Mais sur cette tournée nous ne jouons ni « Marcia Baïla », ni « C'est comme ça », et le public ne nous en veut pas pour autant. On fait autre chose à la place. Il faut bien évoluer un peu.

 

 

Après l’album, que va-t-il se passer ?

Nous allons bien entendu tourner un peu, et l'hiver prochain, je prendrai part à une comédie musicale qui se jouera à Chaillot et s'inti­tulera "Concha Bonita''. J'y jouerai le rôle d'un transsexuel qui retrouve sa fille qu'il avait eue du temps où il était encore un homme. Ça va être marrant !

 

 

C’est vrai que vous n’avez aucune limite à votre registre ! Vous pourriez même sortir un album de Heavy-Metal…

 

 

Peut-être ! Dans "Ce sale ton" j'essaie de prendre une voix assez metal, railleuse et hurlée. J'aime bien ça, même si je ne ferais pas une carrière là-dessus. Sur l'album, Fred et Iso se sont bien trouvés et les guitares sont plus proéminentes.

 

 

Vous avez déjà abordés de très nombreux registres vocaux : Chanson, rock, lyrique, jazz…

Certains vous sont-ils interdits ?

 

 

Il y a sûrement des choses que je ne pourrais pas faire. Je suis cependant consciente que j'ai une voix assez souple, me permettant d'aborder plu­sieurs domaines musicaux. En plus, je ne me suis jamais limitée à un seul centre d'intérêt en ce qui concerne la musique : variété, musiques de films, classique, vieilles chansons fran­çaises, rock, funk, je ne me sens pas fille d'une seule discipline j'aime pouvoir varier les plaisirs.

 

 

Admirez-vous cependant certains artistes dans les styles que vous abordez ?

Bien sûr ! Ce n'est pas parce qu’on peut jouer soi-même un type de musique qui l'on est dispensé de reconnaitre les quali­tés de ceux qui évoluent dans ce style.

Actuellement, nous écoutons pas mal Nine Inch Nails, la musique électronique, la vague indie en provenance d'Angleterre,

J’aime écouter la radio, donc j’écoute un peu de tout.

 

 

Vous êtes pourtant le groupe anti-format, à l’inverse de nombreuses formations actuelles…

 

 

Mais je suis certaine que beaucoup pourraient s'échapper du registre dans lequel elles se cantonnent, mais elles n'osent pas. L5 par exemple, elles ne font que ce qu'on leur a demandé de faire. Si elles le voulaient, elles pourraient aborder d'autres choses.

 

 

Pour finir, si vous aviez à présenter vous-même « La Femme Trombone », comment le feriez-vous ?

 

 

je dirais juste que c'est un album de chansons.

 

 

De bonnes chansons ?

Non. je ne me permettrais pas de me pré­senter en disant que je suis bonne. je laisse a d'autres le soin de me juger !