DISC INSTRUMENTS INTERNATIONAL 1987

Entre une séance de photos et une répétition, la moitié guitariste de Rita Mitsouko nous a livré ses secrets de fabrication. Ce Pierrot rocker accroché aux rythmes fous du grand prêtre James Brown a fait frissonner la patrie du bon goût au démon du rock n 'roll avec sa complice, la sulfureuse Catherine Ringer. Comme on ne voit pas l'un sans entendre l'autre, la Ringer, le rossignol psychédélique, a évidemment mis son grain de sel et de poivre dans la conversation.

• As-tu commencé jouant Jeux Interdits pour séduire les filles ?

Fred : Ouais, des genres du truc comme ça, les chansons dc Brassens, des Beatles, de Cat Stevens, tous les machins qu'on entendait à la radio. Jeux Interdit aussi.

Catherine : T'as joué Jeux Interdits au départ ?

Fred : Ah ben oui.

Catherine : Non mais jc croyais que tu m'avais dit autre chose justement.

Fred : J'aimais pas trop, je préférais « Smoke on the water » de Deep Purple.

Catherine : Moi je suis à fond pour Jeux Interdits. Tu sais jouer ? Fais voir Jeux Interdits. C'est vachement beau ce morceau.

• Te sens-tu plutôt guitariste ou compositeur ?

Fred : Ça dépend, on change pas mal de casquette. Parfois je suis guitariste, d'autres fois je suis arrangeur, compositeur, bassiste, ou ingénieur du son.

• As-tu suivi des modèles ?

Fred : Ouais, moi j'aime bien la guitare rythmique. Je n'ai jamais été très attiré par les solos et tout ça. Mes influences ont été les guitaristes de James Brown, les Beatles, les Stones...

Catherine : Et l'autre, Williamson.

Fred : Ah oui, Williamson des Stooges, Niles Rogers de Chic...

Catherine : Le mec de... Keith Richard, tu l'as dit ça ?

Fred : Oui je l'ai cité.

• Oui, oui, il l'a dit, et aujourd'hui ?

Fred : II n'y a pas beaucoup de guitaristes que j'aime vraiment en ce moment, enfin ce sont toujours les mêmes. J'adore Angus Young, d'AC/DC, et surtout Van Halen. Il a amené quelque chose de neuf en utilisant la guitare presque comme un synthé. Tout le hard rock actuel vient de lui. Ces mecs là sont des bons vrais Paganini de la guitare, ça me fait marrer d'entendre les fans de classique mépriser ce genre de musiciens alors qu'il y en a tellement peu.

• Quel matériel utilises-tu ?

Fred : En général, j'aime pas les trucs trop compliqués. Chez nous, on a plein de vieux amplis, des machins pourris, des 5 W, des mini K7 et je passe les guitares à travers tout ça. On bricole pas mal. Pour la scène, on donne dans le bon vieux Marshall ou le Twin Reverb.

• Guitares ?

Fred : Je me sers surtout d'une Telecaster et d'une Gibson Flying V sur scène.

• Millésimes ?

Fred : La Flying V est vieille c'est Visconti, notre producteur qui me l'a offerte après l'enregistrement du disque. On se baladait en léchant les vitrines et je l'ai vue. J'ai dit « elle est trop cette guitare » et ça c'est fait comme ça. C'est un modèle avec les micros simples bobinage en V qui n'ont pas tellement de dynamique, mais quel grain. Elle doit dater de 63, la Telecaster de 69.

• Es-tu du genre collectionneur maniaque ?

Fred : J'ai pas mal de guitares, il y en a même deux qui viennent droit d'une poubelle, une basse Höfner et une Framus en bakélite

• Une Framus en bakélite ?

Fred : Ouais, celle qu'on voit dans le clip « C'est comme ça ». Elle est en bakélite avec une tige d'acier qui part du manche pour aller jusqu'au bout. Je l'ai dénichée dans la poubelle d'un local de répétition.

• Tu as essayé les guitares MIDI ?

Fred : Ouais et c'est pas au point. Enfin, ça marche mais ça demande une technique de jeu vachement spéciale. Si tu mets deux, trois synthés derrière, à la moindre erreur tout déraille. On s'en est un peu servi sur le disque, Visconti avait l'habitude mais ça reste quand même l'enfer.

• Y-a-t-il une technique de jeu Chichin ?

Fred : Guitare sommaire. J'ai appris comme ça et je continue. J'écoutais les disques de James Brown et je jouais sur la rythmique, exactement pareil. C'est une bonne méthode.

• Tu n'as pas de plan particulier ?

Fred : Non, je ne joue pas avec les doigts de pied ou avec les dents d'un peigne. Peut-être ma façon de prendre le rythme ; le guitariste américain qui nous accompagne sur scène est un sacré technicien mais il a du mal à rythmer comme ça. En fait, j'aime bien différents styles de guitare et j'essaye de toucher à tout, country, espagnol, folk, rock, hard-rock.

• Tu joues avec des effets ?

Fred : J'adore le flanger. Je l'utilise souvent comme un harmoniser, d'ailleurs j'apprécie aussi beaucoup les harmonisers. Parfois, je ne mets rien, rien, juste la Telecaster sur la console, directement, clean, sec. Là, j'ai le vrai son de la corde.

• Vous avez toujours votre studio personnel ?

Fred : Indispensable, nous sommes passés de quatre à huit pistes mais on ne veut pas monter plus. Ça t'oblige à soigner chaque piste et à trouver ce qu'il y a d'essentiel pour faire rouler un titre.

• Comment composes-tu ?

Fred : A la boîte à rythmes. Je fais un riff, j'écoute, je m'en imprègne, ensuite y'a toujours un truc qui sort au synthé ou à la guitare. C'est ça qui m'excite, partir de la pulsation du rythme.

• Tu touches aussi au synthé ?

Fred : Un peu, je cherche les sons mais c'est plutôt Catherine qui joue les claviers.

• Quels conseils peux-tu donner aux jeunes musiciens ?

Fred : L'oreille prime, pas la technique, si ça leur plaît, si ça sonne bien, c'est bon. Il faut risquer. II m'est arrivé de ne mettre que des cordes de mi sur ma guitare et de jouer comme ça, il n'y a pas une bonne technique. Par contre, on doit toujours chercher la qualité et refuser les « ça ira » ou « ça suffit ». Les Américains qui jouent avec nous pour la tournée sont toujours là à tousser pour sortir le meilleur.

• Je croyais que c'était la définition d'un artiste ?

Fred : Ce n'est pas forcément le cas en France.

• Tu écoutes beaucoup de musique ?

Fred : Par périodes, en ce moment, j'ai mon passage funk à mort et j'avale à doses massives du Jesse Johnson, du Zak, du Gap Band.

• Quelles sont les impressions d'un promu au Top 50 ?

Fred : Ça fait plaisir puisqu'on fabrique de la musique pour que les gens l'écoutent. Quand ça marche, c'est parfait.

• Vos projets ?

Fred : Tourner. On va aussi travailler à des musiques de ballet et de film, histoire de sortir un peu des chansons. On apprend énormément en s'ouvrant à d'autres concepts musicaux, ni la même durée, ni la même approche, ça permet de trouver des idées neuves.

Rentre le manager des Rita Mitsouko, avec une splendide Ovation pour Fred.

Fred : Oh, elle est belle celle-là.

• Avec quelle guitare as-tu fait les parties acoustiques du disque ?

Fred : Ben, avec mon Ovation, j'avais une Legend noire mais on me l'a piquée.

Catherine : Y'en a une autre aussi, la guitare tchécoslovaque.

Fred : C'est la guitare de son frangin. Ses parents lui ont offert quand il avait huit ans.

• Toi aussi Catherine, tu joues de la guitare ?

Catherine : Un peu. J'ai des périodes où je fais chanteuse ; les ongles poussent, je ne touche plus une gratte et j'ai des moments où je fais studio, alors je me rattrape

Propos recueillis par Olivier Garcia.