FIGAROSCOPE 14 au 20 avril 2004

Un duo toujours aussi amoureux

Le groupe Rita Mitsouko tel qu'on ne l'a pas encore entendu : dans un écrin symphonique. La proposition est venue de l'orchestre Lamoureux. La chanteuse Catherine Ringer et son complice Fred Chichin ont accepté, choisissant eux-mêmes le répertoire, entre compos personnelles et classiques de la chanson française (Leo Ferré, Trenet), sans oublier une ou deux surprises (Phil Glass par exemple). Ce projet a abouti à un superbe disque live (le deuxième des Rita après «Acoustique » il y a huit ans) et un nouveau concert. Rencontre avec Catherine Ringer.

Comment ce projet symphonique est-il né ?

Beaucoup de jeunes musiciens de l'orchestre Lamoureux ont envie de se lancer dans une musique plus moderne. Ils nous ont donc proposé cette collaboration. J'ai pu enfin interpréter les poèmes de Verlaine adaptés en musique par Ferré et cette chanson de Neil Young qu'il avait lui-même mise en symphonie — et qu'il avait d'ailleurs du mal à jouer sur scène. Nous avons pu donner aussi une ambiance de musique de film aux « Guerriers ».

C'est vous qui avez choisi Phil Glass ?

Oh oui, j'adore, depuis que j'ai vu « Einstein On The Beach ». C'est une musique spirituelle. Quand Bruno Fontaine l'a jouée au piano lors du concert, je me suis assise et j'ai écouté. J'étais contente.

Pourquoi avez-vous sélectionné trois titres de Léo Ferré ?

Cela remonte à l'enfance. Je me souviens de la première chanson que j'ai entendue de lui, Jolie Môme : « T'es toute nue sous ton pull / Y a la rue qu'est maboul. » Cette phrase me mettait très mal à l'aise. J'avais une vision de cauchemar, être toute nue dans la rue, vous savez ce genre de vision où tout est un peu penché. En tout cas, ces morceaux sont des bijoux. Ferré a su manier cette musique du début du XX' siècle, Ravel, Debussy, puis il est entré dans la modernité en intégrant le rythme, le beat venu des Etats-Unis. C'est un artiste passionnant, tout comme Charles Trenet. Tous deux gardent cependant leur manière bien française.

Est-ce difficile d'apprendre à jouer avec un orchestre ?

Oui, il faut bien s'harmoniser, que l'ensemble prenne vie. C'est difficile d'autant que les répétitions sont rares car jouer avec un orchestre coûte très cher en France. Vous avez les charges, les locations de salle... Avant le concert enregistré pour ce disque, nous n'avons répété que trois fois.

Réécoutez-vous vos anciens disques ?

L'autre jour, j'ai réécouté Système D. Je trouvais qu'il était par moment très ouvert, spatial, mais à d'autres, vraiment crispé, sec, parfois dans la même chanson. C'est peut-être pour cette raison qu'il a eu moins de succès.

PROPOS RECUEILLIS PAR STEPHANE KOECHLIN