GLORIA N°1 octobre - novembre 82

Mitsouko, c'est elle. Rita, c'est lui.

Philippe DjanoumoffPhilippe DjanoumoffPhilippe DjanoumoffPhilippe DjanoumoffPhilippe DjanoumoffPhilippe DjanoumoffPhilippe Djanoumoff

Elle, chanteuse à la voix câline ou virulente, danseuse aux gestes gracieux et étirés dans une caresse désarticulée, comédienne, répétait à cette époque-là un opéra rock avec Marc 'O, le célèbre metteur en scène des pièces «avant-garde» qui ont révélé Clémenti, Kalfon, Bernadette Lafont etc. II leur fallait un guitariste rock...

Lui, musicien de naissance, a commencé sa carrière avec Jean Néplin (qui a sorti «Happening», un 33 T. chez Dorian-Celluloïd) dans un groupe appelé «Fassbinder». II goûta aussi des «Gazolines» quelques mois, mais, toujours insatisfait il cherchait encore de nouvelles expériences...

Donc, par un beau jour ou une sombre nuit, Mitsouko se présenta à l'adresse du guitariste. Derrière Rita qui lui ouvrit, elle remarqua tout de suite l'affiche d'une fille aguichante: elle-même. Décidément, ce garçon avait toutes les qualités nécessaires pour compléter son talent. Mitsouko demeure une actrice mais grâce à Rita elle peut révéler le jeu scénique complet d'une chanteuse performante et combler les yeux des spectateurs déjà hypnotisés par les accords minutieux du guitariste. Ils réussissent, par un savant travail de magnétophones, à compléter la guitare raffinée de Rita, la voix enjôleuse de Mitsouko et occuper ainsi toute la capacité sonore de la scène tandis que Mitsouko berce l'atmosphère de ses contorsions harmonieuses. Pourtant, de leur propre aveu, la rigidité musicale imposée par le matériel électronique limite leurs possibilités et ils envisagent pour cet hiver une restructuration du groupe en lui apportant grâce à d'autres musiciens, la variété indispensable pour exprimer la richesse de leurs compositions. Une des qualités principales de ce couple musicien-comédien qui pourrait paraître comme trop sophistiqué est de savoir conserver la dimension dérisoire de l'humour et, tout en présentant un spectacle élaboré, d'étonner par son côté saltimbanque. Un détonnant mariage de comedia del arte-rock !

Sur le maxi 45 tours où le pauvre Rita est habillé en pochettes Félix Potin et Mitsouko déguisée en institutrice spatiale, la musique, heureusement, évoque davantage le Velvet Underground. La voix de Mitsouko se ballade du grave au doux, traîne ou s'éraille dans des intonations burlesques et déchirantes pendant que Rita soutient le rythme rock par les travaux panachés de sa guitare.