KEYBOARDS N°16 - novembre 1988

The Voice is back ! Catherine Ringer et Fred Chichin viennent de terminer l'enregistrement de leur nouvel album. Avec un grand plus. Là où la concurrence vise le somment du Top 50 hexagonal uniquement, les Rita Mitsouko ont aussi les USA dans leur plan de vol, avec les frères Mael/Sparks, Tony Visconti et Jesse Johnson comme co-pilotes. Inutile de vous dire que le résultat est à la hauteur.

Alvin Jackson.

L' alburn est bourré de pépites telles que « Perfect eyes » « Ailleurs », « Le petit train », « Hip kit », ou « Singing in the shower ». Il faut dire qu'ïl reflète les goûts éclectiques des enfants terribles de l'hori zon des années 90.

Tour à tour stoogiens, house funky, napolitains ou psyché-new-délic, Catherine et Fred, saltimbanques éclairés ont concocté une potion magique qui ne laissera personne indifférent. Jusqu'à ce que la lune tombe...

En dehors du fait que l'on y retrouve les initiales du groupe, quelle est la raison du titre « Marc & Robert » ?

Catherine - Pas de raison spéciale. C'est un titre qui sonne bien et qui est amusant, c'est tout...

Où a été enregistré l'album ?

Fred - A Paris, Studio Davout et à Londres pour le mix. L'enregistrement a été fait en analogique, parce que cette méthode a vingt ans et les magnétophones en sont arrivés à une perfection extrême, une qualité d'enfer. Le digital n'ayant que cinq ans, tu n'as pas la même chaleur dans le son. Par contre, le Master a été repiqué en digital pour le pressage du skeud.

Qui sont les musiciens ? il y a de la trompette sur « Tongue Dance », on dirait que le solo de guitare de « Live in Las Vegas » n'est pas de toi et que la basse slap sur «Harpie & Harpo » est jouéepar un session man (la question déclenche les éclats de rire de Catherine, un vrai puzzle chinois !).

Fred (sérieux) - Le solo de guitare, c'est Jesse Johnson, la trompette, c'est Guy Barker, un londonien qui avait déjà joué sur « Nuit d'ivresse » et la basse, c'est Catherine.

C. - Oui, c'est moi qui fait la fausse trompette (!). J'ai pris la basse en studio pour cet album. Je travaille très peu à la maison, mais je joue mimétiquement. La manière de tenir l'instrument conditionne le son...

F. - D'ailleurs, au mixage Jesse Johnson était persuadé que c'était un black qui tenait la basse !

Vous avez gardé le contrôle final du mix avec la collaboration de Tony Visconti (T. Rex, Bowie, Thin Lizzie, Stranglers) et Jesse Johnson (ex. Prince) ?

C. - Oui, nous les avons fait venir à Paris, plutôt que d'aller à L.A, comme le voulait Jesse, et il ne l'a pas regretté. Nous l'avons emmené voir Ray Lema et ça a été un choc sentimental pour lui. II a adoré Paris parce que les gens y font encore les choses gratuitement pas comme aux States, ou même les sandwiches coûtent un dollar en studio. Tony Visconti avait déjà produit pour nous le « No Comprendo ». II n'a aucun a-priori et une bonne ouverture d'esprit. Nos morceaux sont très diversifiés et il n'y a pas tellement de gens qui sont capables de jumper d'un truc comme « Mandolino City », que nous avons écrit avec Jean Bat' Mondino, c'est d'inspiration napolitaine, à « Hip Kit » qui est à l'opposé, très funky. Surtout que nous aussi on change d'esprit au fur et à mesure de l'album et nos directives du début ne sont pas forcément les mêmes que celles de la fin. En plus, Visconti est éclectique comme nous, il aime la musique bulgare, la flûte Renaissance, les chansons yiddish et si tu lui passes un disque d'Oum Kalsoum comme référence, il ne te regarde pas avec des yeux égarés. C'est important. Quant à Jesse Johnson, nous l'avons choisi pour son côté Techno-Funk et House Music. II avait déjà produit pour nous un Picture-Disc aux USA, avec six versions différentes de « Oh Dis, Andy » qui est monté au No 2 dans les charts de danse du Billboard. Le disque est sorti aussi en France, mais il y a eu un défaut de pressage et il a été retiré de la vente (avis aux collectors. N.D.L.R).

Les Sparks vous ont écrit deux chansons pour cet album. Comment les avez-vous rencontrés ?

C. - Quand nous avons joué à L.A. Ils sont venus nous voir dans la loge et l'atmosphère était tendue au début, parce qu'ils étaient fans de nous et vice versa. Et puis, on s'est fait la bise, ce qui a brisé la glace. Ils nous ont dit qu'ils aimeraient bien nous faire une ou deux chansons sur mesure, et en revanche, ils duettent avec nous sur notre « Hip Kit ». Ils nous ont écrit « Singing in the shower » au sujet d'un couple qui est accro à faire l'amour sous la douche ; ils ne peuvent plus s'en passer. « Live in Las Vegas » est l'histoire d'un groupe de « has-been » qui a été au top et qui maintenant joue pour les touristes de Las Vegas le samedi soir.

F. - Pour ces chansons, nous avons fait les arrangements rythmiques et ils se sont occupés des claviers.

Sur onze chansons, cinq sont en anglais. Pas de bornes in the USA ? C'est le marché américain, donc mondial ?

F. - Ouais, c'est amusant de se lancer dans une aventure différente avec chaque disque parce que le succès, tu le sais, ça ne dure pas si tu ne bouges pas. Et comme Catherine et moi sommes des aventuriers, on a trouvé ça marrant. Mais en même temps, pas question de le faire à n'importe quel prix. II y a deux mix, un pour l'Europe, l'autre pour les States. C'est pour ça que l'on a fait venir Jesse Johnson à Paris. Les Américains veulent un mix destiné au marché US ? Pas question de les laisser faire n'importe quoi ! On a déjà le mix US et par Jesse Johnson, please. On garde donc quand même le contrôle du truc.

Comment s'est passée votre tournée américaine de l'année dernière ?

F. - On a joué à Atlanta, Miami, N.Y., Washington, Detroit, Chicago, Boston, j'en oublie sûrement, dans des clubs avec des audiences de mille, deux mille personnes.

C. - Prince Charles a joué sur quelques dates. La plus grande partie de la tournée, on l'a faite avec un batteur et des bandes pré-enregistrées. La guitare de Fred, certains claviers et ma voix étaient live. Mais, là, plus de concerts. On arrête de tourner...

Quoi ! Tu as entendu, ils ne vont plus faire de scène ?

F. (Saisissant la balle au bond) - Non, y z'en f'ront pas c't'année. Vraiment, ils en ont marre. Puis, ils n'auront pas le temps de tourner, parce qu'ils veulent monter leur studio pour faire le prochain disque dans leur studio à eux. Ils ont enregistré « Marc & Robert » à Davout et ils préféraient avoir des prises de bonne qualité à domicile pour faire leur phasing. Et s'ils partent en tournée, ça leur prendra trop de temps.

C. - On a pas quatre bras.

F. - De toute façon, on ne fera pas de scène avant au moins un an et demi. Quelle forme ça aura à ce moment-là, chi lo sa ? Avec un groupe, en acoustique ou avec des bandes pré-enregistrées, on verra bien.

C. - Pas en acoustique! J'aime pas trop...

Tiens, justement, quelles sont vos influences, uh, séminales ?

C. - C'est empirique parce que l'on en oublie toujours. J'aime les Stooges, Bowie, le Velvet, les Stones, Dylan, Gainsbourg, la musique tzigane, russe, le classique et le jazz.

Le vocal de « Perfect eyes » rappelle le Velvet ou Bowie ?

C. - Plutôt Iggy Pop. J'ai chanté en m'enclenchant la cassette DX directement dans la tête. Toujours le mimétisme !

F. - Mes influences à moi, c'est James Williamson, Keith Richards et Leo Ferré. J'ai commencé la musique en jouant des rythmiques Django Reinhart à la guitare. J'ai gardé l'habitude de chercher des accords différents, que ce soit à la rythmique ou au piano. Je cherche toujours à les faire sonner autrement que l'accord naturel électronique comme pour « Hip Kit », ou alors on jamme avec Catherine pour le plaisir et elle trouve un riff que je retravaille ensuite. C'est le cas de « Perfect Eyes ». On compose comme un groupe. De toute façon, tout est signé Chichin/Ringer.

C. - L'image que la plupart des gens ont, c'est que moi, je fais les paroles et toi la musique. C'est complètement faux. J'ai des textes et des poésies à la maison et Fred les met en musique, c'est vrai. Mais souvent c'est lui qui me donne le thème des paroles...

Soyons indiscrets. Vous vous êtes rencontrés où et comment ? A l'université de Vincennes ?

F. - Non. Nous y étions tous les deux, mais pas longtemps et à des périodes différentes.

C. - On s'est connus grâce à la musique, puisque je faisais une comédie musicale de Marc'O, qui a également écrit « Les Idoles » et Fred a remplacé un musicien qui partait. Ça s'est fait comme ça...

Fred, quel matos utilises-tu ?

F. - Mmm, voyons. Roland D50, Mirage, Elka Rhapsody, Sampleur S 900. La basse du « Petit Train » (un tube des années 50 revisité par les R.M, avec détour par la Mort. N.D.L.R) a été faite avec le son samplé du piano droit qui est dans le couloir des studios Davout et dont personne ne se sert.

C. - On a même samplé la cloche de l'extincteur !

Tu as un home-studio ?

F. - Atari & Otari ! J'ai un computer Atari et un magnéto huit pistes Otari, mais pas de console. Je rentre directement sur les pistes. J'ai aussi quelques effets, des reverbs Roland, des trucs cheap, à la portée de tout le monde, pour la plupart. Mais bon, je te l'ai dit, on va développer tout ça, d'ici l'année prochaine, on passe en digital, sans pour autant abandonner l'analogique.

Quels avantages trouves-tu dans le MI.D.I ?

F. - Bon, par exemple, j'enregistre une ligne de basse de Catherine, feeling d'enfer et tout, sur le MC 500. Deux jours après, on réécoute et la ligne de basse est super mais je m'aperçois que le son est trop plat. Je reprends les synthés, j'en met deux, trois, quatre, et sans avoir à rejouer, j'obtiens le son que je veux. Ça permet de faire des sons composés, alors qu'avant il fallait faire du re-re. (A Catherine) Comme sur « Marcia Baïla », tu te souviens, on faisait une partie au Moog et il fallait redoubler à la basse, redoubler avec l'Oberheim, rester des heures et des heures plantés, surtout si on loupait la première prise. Tout ça, c'est fini maintenant. J'aime.

Des projets immédiats ?

F. - Hey, doucement. Le disque n'est pas encore sorti ! C'est un 33 t. D'ici trois ou quatre mois, on va sortir un Maxi quatre ou six titres pour les clubs. On voudrait aussi que « Live in Las Vegas » qui est sur le CD, mais pas sur le Vinyle, soit inclus dans la version K7.

Catherine, qu'est-ce que tu écoutes chez toi ?

C. - J'écoute la radio et je regarde la télé. J'aime bien le Top 50, Vanessa Paradis, tout ça. Mais je n'achète pas les disques. Sauf ceux de Gainsbourg, ce sont les seuls que j'écoute chez moi.

Ça te plairait un duo avec Gainsbourg ?

C. - S'il était d'accord, oui, bien sûr. Ce serait avec plaisir. Enfin... Bon, on peut toujours rêver.

Propos recueillis par Alvin Jackson avec la complicité d'Alain Versini.