LE MONDE

Dimanche 23 - lundi 24 sept (dec ?) 1984

Faut-il le dire ? Ils sont deux chez Rita Mitsouko. Deux à tout faire et bons à tout faire. Elle, Catherine Ringer, chante et tient les claviers, du synthétiseur, des boîtes à rythmes, orgue, VCS3 et tutti quanti. Lui, Fred Chichin, partage les mêmes claviers, en trouve d'autres et lui dispute les guitares dont il tire des prodiges.

Un duo, en somme, masculin-féminin, astucieux et moderne, flambant neuf et en français dans le texte. Mais pas seulement. Le français, pardi, c'est parce qu'on est en France, mais Rita Mitsouko ne s'en tient pas à ce détail. Un texte ou deux en anglais et en signe de carte de visite pour préparer l'avenir. La création, l'esprit, le potentiel sont exportables.

1 Si l'on voulait trouver un équivalent de l'autre côté du Channel, on dirait les Eurythmics, mais sans forcer la dose. La voix a du cachet et du piquant, une voix théâtrale, dans le bon sans du terme, changeant et et expressive, avec, sans se prendre au sérieux, une idée du drame. Pas une voix d'opérette..

Catherine Ringer joue avec las accents, anglo-saxon, latin, selon le texte, l'ambiance musicale et l'effet voulu. De Petula Clark à Dalida, les accents ont toujours flatté l'oreille française. Evidemment, un accent, ça fait sonner les mots, surtout le français avec ses lourdeurs de rythme et de syntaxe qui frictionnent toujours avec le rock.

La rock ? Il y en à dans la musique de Rita Mitsouko, synthétisé et mâtiné d'influences latino- swingantes. Et puis, il y à un son, pétillant, des arrangements qui ont du toupet et aussi des guitares senties, palpitantes,' électriques. Rita Mitsouko enregistre dans son propre studio, au miIieu de ses machines synthétiques. En le disant comme ça, on pourrait les croire empêtrés dans l'électronique, glacés et systématiques. C'est tout le contraire. Ils ont de la fraîcheur et du "peps". Et des textes qui chantent l'amour. Toujours.

Alain Wais.