LES INROCKUPTIBLES

N4 Décembre / Janvier 1987

DES RONDS NOIRS, AVEC UN NOM PRECIS

L'IMAGE GRAND PUBLIC NE LEUR FAIT PAS HONNEUR. POUR BEAUCOUP, CATHERINE ET FRED NE SONT QUE LES AUTEURS SUPERFICIELS DE TUBES DÉRISOIRES. MAIS LA DÉRISION EST CHEZ EUX DUNE AUTRE TENEUR, MÊLÉE À UNE PERSONNALITÉ MUSICALE UNIQUE ET À UN UNIVERS DÉCALÉ, DALI CHEZ TATI, INNOVATEUR COMME RAREMENT PAR ICI : "THE NO COMPRENDO" EST L'ALBUM QUE RÉCLAMAIT LE ROCK FRANÇAIS, UN DISQUE NOIR ET BLANC, SOBRE ET FOU, DÉFINITIF.

Vous êtes l'un des rares groupes français à avoir connu l'underground et la reconnaissance grand-public. Comment ressentez-vous le clivage entre les deux?

(C) Le fait que "Marcia Baila", enregistré sur quatre pistes, à la maison, d'une manière artisanale, ait été un si gros succès, est une victoire pour l'underground. Ça nous a donné beaucoup d'espoir sur le fait qu'une chose ne devait pas obligatoirement passer par quarante-huit pistes pour être de qualité et être appréciée.

(F) En considérant l'image que nous avons, c'est une victoire pour nous : j'ai fait de la taule, j'ai l'image d'un mec qui prend de la dope, Catherine a une image salace...

(C) On se sentait underground en voie de devenir connu, comme tous les artistes, sauf les groupes qui ne veulent pas vendre à n'importe qui. Moi, ça ne me gêne pas de vendre à n'importe qui.

(F) C'est même positif.. être underground et toucher d'autres gens, c'est la possibilité de leur faire découvrir quelque chose qu'ils n'auraient pas connu. D'autant plus que nous ne faisons pas de compromis, les gens nous prennent tels quel.

Aux débuts du groupe, aviez-vous des objectifs précis sur le plan musical, des buts à atteindre, des choses à éviter?

(C) On voulait vendre dix ou vingt mille albums dans chaque pays, pas forcément faire un tube, mais pouvoir partir dans le monde entier. L'autre objectif était d'être toujours content de ce qu'on fait nous, de notre musique, de ne jamais se demander ce que les gens, les amis ou la maison de disques attendaient.

Je voulais parler d'un point de vue strictement musical...

(C) On joue sans arrière-pensées. Comme on est des personnes assez éclectiques, on a envie que cet éclectisme, ce qu'on écoute, ce qu'on voit, ce qu'on ressent, transparaisse dans notre musique.

(F) On a envie de toucher à beaucoup de styles. Dix titres sur un album, ce n'est pas assez, nous en avions dix-sept. On aimerait sortir plus de 45t, plus souvent, mais le système français ne le permet pas, contrairement à l'anglais. Ici, on travaille les ventes sur six mois, on attend d'avoir ratissé toutes les concierges...

Si vous étiez des observateurs hors du groupe, comment commenteriezvous les débuts?

(C) On a fait des progrès, surtout sur la réalisation, car au niveau de la composition et des idées de base, c'est resté la même chose. Maintenant, on s'étend moins, on maîtrise mieux, on sait mieux faire ressortir une mélodie.

(F) On a réécouté de vieilles cassettes qu'on avait enregistrées au tout début, je trouve ça vachement bien... ces vieux trucs d'il y a six-sept ans. J'avais l'impression que ce n'était pas moi qui jouais, c'était plus hard que maintenant, plus violent, on a eu cette période très hard rock, avec plus de violence et des textes très sexuels. Pour le prochain disque, on reviendra à cette musique.

Toujours sur le plan musical, avez-vous des regrets particuliers, des moments où vous vous dites "tiens, on a perdu ce petit quelque chose"... ?

(C) Non, ce que je regrette, c'est l'emploi du temps qu'on a, car du fait qu'on vend beaucoup de disques, qu'on fait beaucoup de télés, de promo, on n'a plus le temps de toucher un instrument. Avant, avant les disques et avant l'argent, on jouait de la musique sans arrêt (rires)... maintenant, on fait plutôt du commerce, on est ambassadeurs des ventes.

(F) Avant, l'ampli était branché en permanence, chez nous. Là, je n'ai pas touché une guitare depuis cinq ou six mois...

Vous sentez-vous obligés.? Vis-à-vis de vous, de votre maison de disques?

(C) On ne se sent pas obligé... mais on va essayer de changer ça. A partir de maintenant, on ne fera des émissions TV qu'en direct, les autres seront dégagées.

(F) En même temps, on veut sortir de l'enclave des groupes français qui n'ont pas les moyens de faire des disques, ou qui les font à la sauvette, dix titres en une semaine avec une production pourrie. On n'a jamais voulu ça. Des labels indépendants voulaient nous signer, mais ils ne pouvaient pas mettre vingt bâtons dans l'album, ils n'avaient pas les moyens. Nous avons besoin d'un minimum d'argent pour faire des disques, et pour avoir ce miminum, il faut vendre. C'est un cercle vicieux. Nous ne sommes pas assez connus pour nous passer de promo... On préférerait passer la journée en studio qu'à faire des télés... on n'a plus le temps de se faire des plaisirs... j'aimerais apprendre le xylophone ou le saxo...

La formule du duo, était-ce pour vous un principe absolu, LE sceau de fabrique?

(C) Lorsqu'on s'est rencontré, on était musiciens dans une comédie musicale. On a mis un an avant de se dire qu'on allait faire un duo : on a cherché des instrumentistes, on a essayé de faire un groupe... ça ne marchait pas, parce qu'on touchait des styles très variés, les gens qui étaient bons dans un style ne l'étaient pas dans les autres, ce qui fait que finalement, on s'est retrouvé à jouer tous les instruments car nous, on arrive à passer d'un truc à l'autre, tout en ayant notre propre style.

(F) On s'est heurté à ce problème infernal en France : ici, les musiciens ne sont jamais au service de la chanson.

(C) Ils étaient tous au service d'une idéologie musicale, les uns ne juraient que par le rythm'n'blues, les autres voyaient tout en rock'n'roll, ou en new wave, tout était cloisonné. Moi,j'ai écouté tous ces styles et d'autres, d'autres siècles, d'autres pays... C'est plutôt par dépit qu'on s'est mis à deux.

(F) Par efficacité aussi. On s'est rendu compte qu'à deux on sonnait bien. A quoi bon s'emmerder à convaincre des gens, à louer des locaux... ils n'avaient pas de matériel pour répéter, ils arrivaient en retard. On s'est dit qu'on perdait un temps et une énergie incroyables. A deux, on était très rapide, les idées fusaient vite. Pour les concerts, on prenait notre petit magnéto, notre petit ampli et le micro, c'est tout, on pouvait jouer n'importe où.

(C) On jouait dans les restaurants par exemple. Comme ça, on faisait ce qu'on voulait en gagnant notre vie.

Le cloisonnement dont vous parlez, est-il vraiment spécifique à la France ?

(F) Tout à fait. En France, pour s'en sortir musicalement, il va vraiment falloir changer de mentalité. On a été enregistrer à Londres où ces musiciens, sans être des requins de studio, ont une mentalité de travail différente. A côté de la France, c'est le jour et la nuit: là-bas, les gens sont au service de tes chansons... ici, c'est très pénible.

Est-ce cette forme du duo en elle-même qui a donné son originalité au groupe ?

(F) On avait toujours cette originalité, mais lorsqu'on jouait à cinq, elle était complètement délayée. C'est comme un pastis, quand on ajoute trop de flotte, ça n'a plus de goût. On s'est rendu compte qu'à deux, en mettant un petit glaçon, ça suffisait... ça a plus de goût et ça bourre plus la gueule...

Avec des personnes en plus, cela aurait pris quelle tournure?

(F) Avec d'autres gens, ça n'aurait jamais pu se faire.

Il faut sans doute une entente particulière pour travailler aussi longtemps ensemble, sept-huit ans...

(C) J'aime énormément ce que fait Fred en musique, j'adore l'entendre jouer...

(F) J'adore sa manière de chanter, son écriture, son jeu d'instruments.

(C) Et on n'a pas peur de s'engueuler. Si on n'est pas d'accord, on met tout sur le tapis. Parallèlement, comme on a très confiance l'un en l'autre, si on n'arrive pas à se convaincre, on en reste là, chacun finit par dire à l'autre "ok, on fait ce que tu as dit" (rires)...

Je me souviens de ce concert à la Porte de Versailles, fin 84, où vous avez commencé à jouer avec des musiciens sur scène... Pourquoi ce besoin?

(C) On a ressenti, après toutes ces années en duo, le besoin de jouer avec d'autres musiciens, des amis proches de nous musicalement...

(F) Ce qu'ils font seuls maintenant est mieux que ce qu'ils faisaient avec nous, ils ont peut-être eu du mal à s'adapter... c'est plus difficile de jouer la musique des autres.

Beaucoup de gens avaient été déçus après vous avoir vu jouer avec un groupe...

(F) A chaque fois qu'Iggy Pop sort un disque en France, c'est toujours moins bon que le précédent... les gens sont bêtement nostalgiques.

Mais avec ces musiciens et la formule classique, du groupe, n'aviez-vous pas peur de vous banaliser?

(F) C'est ce qui s'est passé. On ne veut pas renouveler ça. On n'était pas assez nombreux à ce moment-là, il a fallu enlever des choses, limiter par le bas. Si on refait de la scène, un prendra le nombre de gens nécessaire pour faire ce qu'on veut. A ce moment-là, on n'avait pas les moyens, on n'était pas organisé pour... mais on apprend. En France, on est jeune là-dedans, c'est comme pour l'exportation, on a fait d'énormes erreurs. Il y a beaucoup de choses qu'on ne sait pas et qu'on apprend sur le tas. On a une sacrée longueur de retard sur les anglo-saxons, mais on apprend empiriquement. On ne veut pas non plus être trop organisé, avoir à faire à des requins de studio, donc on prend des risques et parfois on se casse la figure lamentablement... mais on apprend toujours.

Sur le premier album, on a vraiment l'impression que vous vous fichiez de toute influence. C'est moins évident sur "The No Comprendo ", même s'il est paradoxalement plus personnel...

(C) On a mieux cerné cet album. Sur le premier disque, on a mis toutes les chansons qu'on avait collectionnées depuis des années.

(F) Depuis l'âge de sept ans, j'avais envie de faire un disque. On a donc vingt ans derrière soi, on a envie de tout mettre dedans!

(C) Pour "The No Comprendo", on conçoit plus que c'est un rond noir avec un nom précis, et qu'il y en aura un prochain. Mais on se fiche toujours autant des influences. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne ressemble à rien. Mais on ne se réclame d'aucune filiation.

(F) Non merci.

On sait que "Marcia Baila"existait depuis longtemps avant de devenir le succès que l'on a vu...

(F) Au départ, la maison de disques n'osait pas la sortir, disait qu'elle avait un petit son, qu'elle ne se vendrait jamais en parlant de cancer et de mort, que les gens voulaient de la gaieté et du sourire...

Le fait que vous ayez acquis le succès sur la longueur vous a-t-il donné un enracinement plus profond dans le public ?

(C) L'enjeu, pour nous en France, est que les gens sachent qu'on est un groupe d'albums et pas uniquement de 45t grand public. On tient à être enracinés en tant qu'auteurs compositeurs, en tant qu'auteurs de chansons et non en tant qu'auteurs de coups. C'est quelque chose qui nous tient très à coeur.

Le premier album, vous l'avez dit, a été écrit à des périodes très différentes. Etait-ce la même chose pour l'enregistrement, était-ce un patchwork?

(F) Oui, l'enregistrement aussi était très patchwork.

(C) (l'interrompant) Là aussi!

(F) Moins, beaucoup moins... Sur le premier, il y a des morceaux comme "Jalousie" ou "Marcia" qu'on a enregistrés une semaine avant d'entrer en studio, d'autres comme "In my tea" ont été faits trois ans avant. Sur le dernier, il n'y a que de nouveaux morceaux, sauf peut-être "Tonight" et "Someone to love", un morceau qu'on avait depuis sept ans.

(C) On n'avait jamais réussi à le faire...

(F) On n'avait qu'une vague idée, sans pouvoir la concrétiser. On l'a donc laissé de côté pendant des années, sans y toucher.

Vous vous fichez du business, mais vous est-il arrivé, ne serait-ce qu'à un moment précis, de moduler un petit quelque chose dans votre musique, en vous disant "tiens, ça sonnera un peu mieux en radio comme ça "?

(F) Jamais!

(C) Sincèrement, jamais.

(F) Ce genre de choses est hors-propos. C'est la raison pour laquelle on a travaillé avec un producteur comme Tony Visconti. On voulait se faire plaisir.

Tous vos morceaux sont signés Chichin-Ringer, comme Lennon-Mc Cartney, chacun fait son truc et on signe systématiquement tout en commun ?

(F) C'est tellement plus simple, et on s'en fiche, on ne va pas comptabiliser. Mais on n'a pas de règle, on a d'innombrables manières de faire un morceau, même si finalement, c'est moitié-moitié. Parfois tout vient d'elle, parfois tout vient de moi, l'autre arrange, je peux composer un morceau que Catherine jouera entièrement. Il est impossible et bête de faire une comptabilité.

Il y a deux-trois ans, on vous voyait sans arrêt à l'affiche, sur Paris même. J'avais peur que vous lassiez le public, alors que c'est le contraire qui semble s'être produit...

(F) On avait un agent très verreux à l'époque. Il ne nous a pas payés, on a fait un an de tournées sans en toucher un sou. On prend cette fois-ci un agent anglais, ce sont des gens sérieux. Ça fait quatre managers français qu'on épuise. Je suis désolé, mais c'est comme ça.

Partout, vous revendiquez toujours votre anormalité. Et s'il n'y avait pas la musique pour l'exprimer?

(F) Si on revendique ça, c'est que tout le monde est tellement propret en ce moment, tous les musiciens sont bien peignés, bien propres, se brossent les dents tous les matins, donnent des sous à leur grand-mère, font traverser les dames dans la rue...

(C) (l'interrompant) Moi aussi !

(F) Bien sûr ! (rires)... Ils ne boivent pas d'alcool, même pas de bière, ou peut-être de la bière sans alcool, ne fument pas de joints, haïssent les gens qui prennent de la drogue, haïssent les alcooliques, ils sont propres et payent leurs impôts, ils sont cleans et lavent leur chemise tous les matins.

(C) Et donnent de l'argent aux pauvres.

(F) L'image des gens qu'on rencontre, c'est le tout-propre, le genre je-change-mes-chaussettes-tous-les-matins.

C'est normal, maintenant que vous faites Champs-Elysées et passez chez Poivre d'Arvor, votre univers a changé et vous fréquentez le showbiz...

(F) Oui, on est peut-être les seuls rockers dans la variété.

N'y en a-t-il pas d'autres, dont vous vous sentez proches?

(F) Gainsbourg.

(C)... et Bashung.

(F) Ce sont pratiquement les seuls.

(C) Gainsbourg, en plus, n'hésite pas à changer de style, il le fait à chaque album alors qu'on le fait dans un même disque... Il sait tout faire.

(F) Il n'y a pas de scène rock en France, ou sinon elle est très, très underground. Ici, à côté du top 50, il n'y a rien : si tu n'y es pas, tu crèves la dalle. En Angleterre, il y a toute la scène indépendante qui grouille et qui vit.

Vous avez dit que vous n'aviez plus le temps de jouer, de vivre comme vous l'entendez ; n'avez-vous pas peur de changer?

(C) Oui, on a peur, c'est pour ça qu'on est en train de se bagarrer pour que ça change.

(F) En ce moment, on flippe.

(C) Je préfère vivre avec beaucoup moins d'argent, comme c'était le cas pendant des années. J'ai vingt-neuf ans, ça fait un an et demi que j'ai de l'argent. Depuis l'âge de seize ans, depuis que je suis musicienne, j'ai vécu très contente : mon but premier est d'être contente de ce que je fais. Si je commence à trop flipper, j'arrête.

(F) Mais on s'entend bien avec notre maison de disques... Mais on a peur de perdre la main, de perdre le contact avec la musique.

Lorsque vous avez fini d'enregistrer un disque, ressentez-vous un vide?

(C) Toujours. Je me dis toujours que j'ai tout dit, que je ne pourrai jamais en refaire un autre. De toute manière, ça te pend au nez, quand t'es artiste de devenir mauvais un jour, de ne plus avoir d'idées. Le pire est de ne pas s'en rendre compte. Ce qui m'angoisse le plus serait de croire qu'on est encore bons alors qu'on devient mauvais, personne n'ose le dire en face... c'est le cauchemar-type de l'artiste.

Mais sortir un tel album devrait plutôt redonner confiance de ce point de vue...

(F) C'est vrai, et notamment quelqu'un comme Visconti nous a donné beaucoup de confiance. Il veut continuer de jouer avec nous sur scène. Il nous a toujours poussé à garder ce qui nous est personnel, nous a dit de ne pas faire de compromis : il est très bien, très humain.

On a le sentiment que "The No Comprendo" est guidé par une idée générale, une unité, avec ce son très particulier; aviez-vous un but précis à ce propos, avant l'enregistrement?

(F) On voulait déjà qu'il soit beaucoup plus rythmique. On a eu des problèmes avec notre producteur précédent, Connie Plank, qui produisait très platement, on avait besoin cette fois-ci d'un producteur qui mette en relief pour obtenir quelque chose de plus axé sur le rythme, de chanter plus rythmiquement, de laisser plus libre cours à l'inspiration, de se laisser aller sur les voix, les hauteurs de voix, car on était bridés sur le premier. Cet album-là ressemble plus aux démos qu'on avait faites pour le premier album, qui étaient meilleures que le résultat réenregistré sur l'album. Connie Plank nous avait vraiment rasé, alors que Visconti a respecté notre son. Il est très fin, très artiste, très respectueux du travail des autres. Cela fait sept ans qu'on a envie de travailler avec lui : à chaque fois qu'on écoutait "The Idiot" ou les disques de Bowie. C'est à la fois manufacturé et sauvage, frais.

N'aviez-vous pas peur que ce son de l'album, moite et moins clair, soit hermétique pour certains?

(C) Je n'ai pas peur de l'hermétisme. On est des aventuriers, c'est un métier à risques.

Finalement, je trouve l'album assez mélancolique, triste, parfois noir..

(C) Fred et moi sommes des personnes mélancoliques... on a le blues. C'est vrai, c'est assez noir. On est tristes et gais. Souvent,je me traîne un blues toute la journée...

(F) J'adore la tristesse... Quand ça ne va pas, je me mets des morceaux blues très tristes, qui me soutiennent le moral. Je me dis "tiens, lui aussi n'a pas l'air bien, il a mal commencé la journée, je vais la passer avec lui"...

L'album s'intitule "The No Comprendo ". Ya-t-il eu une incompréhension queique part?

(F) Il y a peut-être eu une incompréhension... mais c'est un peu à la carte, on n'a pas tellement envie d'analyser ça. Beaucoup de gens nous en ont donné des interprétations différentes, je ne les trouve jamais fausses. Si tu la ressens, elle est juste.

Godard vous a tournés pour son prochain film...

(C) Il nous a filmés en studio, cinéma-vérité, "comment se crée un disque".

(F) On est mal peigné, mal sappé, mou, mal rasé, on n'est pas maquillé, minables quoi... il est venu deux ou trois fois par semaine pendant deux mois. On n'a pas triché, on a tout laissé, l'excitation et la déprime.

Que pensez-vous de son oeuvre?

(C) J'aime bien, avec des trucs qui m'emmerdent et d'autres que j'aime vraiment.

(F) J'aime bien ce mec-là, parce qu'il est capable de trucs géniaux et de trucs hyper-merdeux.

(C) (l'interrompant) Comme nous... !

(F) C'est bien pour un artiste. C'est vrai qu'on est capable du pire comme du meilleur. C'est très humain.

C. Whatshisname