L'EXPRESS

Jeudi 5 décembre 1996

Catherine Ringer et Fred Chchin reviennent sur le devant de la scène et découvrent le plaisir de l'acoustique.

Propos recueillis par Pascal Dupont

A bout de souffle, les Rita Mitsouko ? Les mauvais augures qui pronostiquaient la panne d'inspiration en sont pour leurs frais. Catherine Ringer prouve qu'elle n'a rien perdu de son coffre. Ni Fred Chichin, de son inventivité. Témoin ce concert acoustique (unplugged, comme on dit) qu'ils viennent de donner pour M 6 et le disque live qui sort dans le même mouvement. Quatre-vingt-dix minutes d'émotion pure. Palpable. Artistes réfléchis, les Rita Mitsouko ont du mal à parler d'eux-mêmes. Pudeur extrême qui contredit l'image chahutée des clips ou les textes sulfureux des ritournelles. Moulée dans un pull tricoté et roulant des prunelles, Catherine ne tient pas en place. Gouailleuse, elle vocalise ses réponses, laissant parfois échapper un trille joyeux. Serré dans un blouson de titi des boulevards, Fred acquiesce, Buster Keaton hilare.

L'EXPRESS : Votre musique est généralement très travaillée. Ça change quoi de jouer unplugged?

FRED CHICHIN : Le fait qu'il n'y ait pas de synthés, que les violons et les cuivres soient placés à une certaine hauteur, ça donne de la marge à l'interprétation, plus de liberté à la voix. Et puis, vous imaginez, a quinze ans, des musiciens de classique jouant avec un Dr Gynéco ? Impensable. Nous on l'a fait. Le mélange était amusant.

Pourquoi le rappeur Dr Gynéco et la chanteuse funky Princess Erika à vos côtés dans ce Concert privé ?

FRED : On a toujours aimé les mélanges. Dr Gynéco, par exemple, ce n'est pas forcément ce qu' on fait C'est une expérience. Pareil quand on a ait un jam avec IAM à Taratata. Mais c'est pas le cas de tous les musiciens. Je suis frappé de constater l'intolérance de nombreux chanteurs. Leur côté tribal ou sectaire. Tel DJ, par exemple, sera branché sur les groupes de New York et haïra ceux de la côte Ouest. Tel autre n'écoutera que du rock anglais. Moi, j'ai jamais marché dans ce truc-là.

Dans Chères Petites, vous prononciez un éloge inattendu de la fidélité. Cette fois, avec Les Consonnes, la femme au foyer se rebiffe. La vie domestique, ça vous fascine ?

CATHERINE RINGER : Passer. un coup d'éponge, ça fait partie des choses quotidiennes sur lesquelles on peut chanter, non ? La chanson est venue alors que je sortais d'un cours de chant chez Mme Charlot, un très vieux professeur. Elle m'a expliqué que, pour donner une bonne rythmique à la voix, il fallait s'appuyer sur les consonnes. En rentrant, le me suis mise machinalement à nettoyer la maison. L'éponge sentait vraiment mauvais... J'ai commencé à rapper sur l'é-pon-ge-ki-pue.

FRED : Oh ! Eh ! doucement... On ne va tout de même pas se prendre pour des rappeurs ! On ne vit pas comme eux.

Pas des rappeurs, dites-vous. Mais vous refusez aussi l'étiquette rock

CATHERINE : Bon, même si on reste loin d'Eddie Cochran, Andy, c'est quand même du rock. Non, Fred ?

FRED : C'est du rock parodique.

CATHERINE : Quoi, parodique ?

FRED : Moitié pour de rire. Comme les Beatles quand ils faisaient Roll over Beetboven.

Dans le second inédit du concert, La Taille du bambou, vous évoquez l'art de faire chanter les flûtes : (" Le flux qui monte au confluent des cuisses, ça glisse, c'est bon, agréable..."

CATHERINE : je suis musicienne. Une vocation qui m'a prise très tôt. Depuis toute petite, je joue de la flûte. Vous préparez un nouvel album. Avez-vous un titre préféré ?

CATHERINE : Oui. La Sorcière et l'Inquisiteur. L'histoire d'une possédée qui danse nue au clair de lune. Le grand inquisiteur veut, bien sûr, faire le ménage. Eradiquer. Il la traîne par les cheveux jusqu'à une salle de torture. C'est une histoire moderne. Celle des nettoyages ethniques, des intégrismes.

D'habitude, les Rita ne s'en prennent pas de front aux sujets d'époque.

CATHERINE : je me sens pas l'âme à dénoncer les choses. Tout est dit et redit à la télé, des histoires souvent à pleurer. Pas besoin d'en rajouter. Invités par des voisins africains, nous sommes quand même aller chanter pour les sans-papiers. J'ai improvisé en hommage à la musique africaine, mère de toutes les autres.

Vous êtes vus comme des défricheurs. Donc contraints d'innover. En même temps, n'est-on pas tenté de reproduire ce que l'on sait faire ?

CATHERINE : Mais on n'a toujours pas compris ce qui marche ni comment se fabrique un tube ! Marcia Baïla, on n'imaginait pas, au départ, que ça plairait à qui que ce soit.

FRED : Tu sais combien de disques sont sortis le mois dernier ? 800, tous genres confondus. La difficulté, ça n'est plus de faire un disque. C'est de faire un bon disque.

Vous travaillez beaucoup ?

FRED : Par moments, oui, on en met un coup. Et puis, il y a des idées qu'on traîne pendant des années. Les Amants, par exemple, ça a pris du temps à accoucher. Il y a ce qu'on veut faire et ce qu'on peut faire. Récemment, on s'est lancé dans un reggae. Le résultat n'était pas du tout ce qu'on attendait. Lourd, grave ! On a laissé tomber.

CATHERINE : Parfois, Fred, il compose quelque chose, et ça ne me dit rien de spécial. Mais alors rien de rien !

FRED : Mouais.. Mais, au bout du compte, on parvient à faire des trucs.