LES RITA MITSOUKO …dans tous les sens Octobre 2002 # 17

Deux ans après la "Cool frénésie", les Rita Mitsouko ravissent nos sens avec un nouvel émoi en forme de "Femme trombone". Non, pas le truc pour classer les documents dans le bon sens, mais celui qui coulisse, qui souffle et qui sonne. Mixité, poésie, crudité au menu d'un album aux sons estampillés "Rita" : cette patte si reconnaissable qui, si elle ne surprend plus, est toujours aussi efficace.

L'œil pétillant, le mot malicieux, Catherine Ringer et Fred Chichin n'étaient pas en panne de(s) sens avant de prendre la route pour une nouvelle tournée à la rentrée 2002. C'est très gentiment qu'ils nous ont reçus en plein cœur de Paris à l'heure du thé… Entre "L'Empire des sens" et "Docteur Maboul", Longueur d'Ondes a ouvert l'œil, tendu l'oreille, touché du doigt, flairé les questions et goûté les réponses d'un duo sens… ationnel. Une interview en quête de sens…

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Point de vue

Fred : L'engagement politique, à notre avis, ça ne sert pas à grand chose. Le problème, c'est que ce genre de discours s'adresse à des gens qui sont déjà convaincus, alors qu'il faudrait faire passer le message auprès de ceux qui ne le sont pas. Si c'est pour se retrouver uniquement entre gens qui pensent tous la même chose, ça ne nous intéresse pas. En revanche, cela ne nous empêche pas de prendre position dans nos textes.

Pan, dans l'œil !

Catherine : Ma dernière grosse claque : les Chemical Brothers, en concert à Paris, il y a quelques mois : pour le côté visuel avec, derrière eux, un énorme mur d'images, en symbiose avec la musique, pour l'ambiance, qui alternait moments doux et poétiques et passages plus rythmés, plus pêchus. C'était très impressionnant, j'aimerais bien qu'on fasse la même chose (Rires). C'est la musique elle-même qui était au centre du spectacle et pas une personne seule contrairement à ce qu'on peut faire.

Miroir, mon beau miroir

Catherine : On s'est peut-être un peu assagi, mais on continue toujours à mettre des tenues excentriques, que ce soit sur le tournage des clips ou sur scène. J'aime le côté "music-hall" du déguisement, tout ce qui est accessoire, qui s'ajoute et s'enlève… En revanche, il y a des choses que je ne mettrais plus : les mini-jupes par exemple, ça me semble déplacé !

Parler du nez

Catherine : Pas facile de parler d'une odeur, on manque de mots, ça monte directement du nez au cerveau. Les odeurs sont partout, elles influencent nos relations avec les gens. C'est immédiat, c'est chimique.

Odeur d'enfance

Fred : Quand j'ai été opéré des amygdales, l'odeur de l'anesthésie était très forte et très désagréable. C'est une odeur que je n'ai jamais retrouvée, mais qui me revient parfois.

Catherine : L'odeur de l'air après la pluie.

Travaux manuels

Fred : J'ai une formation d'ingénieur du son, je produis et j'aime bien bricoler les instruments et les consoles.

Catherine : Nous sommes musiciens. Contrairement aux samplers, nous jouons vraiment avec des instruments. C'est un rapport tactile, authentique.

Qu'est ce qui vous touche ?

Catherine : On n'est pas trop tourné sur nous-même. Dès qu'on nous pose une question trop personnelle, on devient comme des escargots : on rentre dans notre coquille !

Evolu… son

Fred : Entre "Cool Frénésie" et "La femme trombone", on a supprimé les longueurs et les erreurs de production. Et c'est déjà bien qu'on s'en soit aperçu !

Oreille

Fred : Ca nous est arrivé de faire des prises de son dans des lieux atypiques : cuisine, salle de bains… mais c'est surtout par commodité. Nous travaillons toujours, nous sommes toujours à la recherche de nouvelles idées. Mais, on a renoncé à chercher "le son", parce que c'est sans fin. A un moment, il faut figer l'instant sur CD, même si la prise d'après pourrait être meilleure…

Dans le pavillon

Fred : La musique quand j'en joue, je n'en écoute pas. Ma dernière claque, c'est System of a Down, un groupe de metal très mélodique, à tendance lyrique. En gros, je ne suis pas accroc du genre, mais ça m'a surpris. Dans ma discothèque, on trouve les Beatles, James Brown, un peu de world, un peu de funk, du rock… Comme dans celle de beaucoup de gens de ma génération.

Catherine : J'aime bien écouter la radio sur différentes stations. Changer de fréquences, découvrir de nouvelles choses, notamment sur des radios spécialisées ou associatives où tu entends des morceaux que tu n'entends pas ailleurs. Mais il y a aussi des disques qu'on redécouvre. A chaque fois, on croit déceler quelque chose de nouveau. Mais, on se rend compte que ce n'est pas le disque qui change, c'est nous, notre façon de l'écouter.

Le bruit qui gonfle

Fred : La musique partout, dans les magasins, le métro, le bus, dans la rue…

Catherine : Le bruit de veille des appareils sous tension. Ca siffle, c'est oppressant et quand on éteint, on fait ouf !

Paroles, paroles, paroles…

Catherine : Le mot est à la croisée des chemins, il doit se mélanger à la musique, se mêler au rythme et coller avec le sens, le message de la chanson. Les seuls mots tabous sont ceux qui sont moches. Et puis il y a ceux qu'on s'interdit au moment de les chanter. Ces mots-là ne collent pas, on en change pour en mettre d'autres.

Mots d'estomac

Catherine : C'est marrant les jeux de mots, c'est rigolo. Parfois ils sont à l'origine d'une chanson comme c'est le cas avec "La Femme trombone". La femme tronc… Mais comment ferait une femme tronc pour jouer du trombone ? C'est aussi un jeu de mots avec "trop bonne"… La femme trop bonne.

Le bon goût

Catherine : En ce qui me concerne, c'est ce qui me plaît, ce que j'aime. Mais dans ce cas-là le bon goût ce serait le goût de tout le monde et ça deviendrait un vrai bordel. En fait, le bon goût, c'est quelque chose de très bourgeois, c'est un truc de classe, très convenu. C'est le bon goût d'une certaine classe, et moi, j'aime bien parfois aimer ce qu'il est convenu d'aimer, ce que tout le monde aime… être une suiveuse qui s'assume.

Par Cécile Coldefy & Eric Nahon Octobre 2002