MAX

Fevrier 1991

CL'HIP RITA MITSOUKIT

Hip Kit le dernier clip des Rita Mitsouko est un pur chef d'oeuvre d'art cathodique. Un maelström psychédélique qui vous aspire dans un chaos de formes et de couleurs instables : laissez tomber les champignons mexicains, offrez-vous un trip: envoyez-vous Hip Kit.

Les Rita Mitsouko ne se sont jamais trompés sur le choix des réalisateurs de leurs clips: Gaultier, Mondino etc. Avec l'imprévisibilité qui les caractérise, ils ont fait appel à un vidéoartiste célèbre et japonais, Hiroyuki Nakano. Bidouilleur de génie, sorcier des images électroniques, Nakano ne parle ni français ni l'anglais, et a préféré retourner dans son pays après le tournage de quatre jours. Les Mitsouko, du coup, font la gueule aux médias : une parodie de conférence de presse en novembre, et puis plus rien. NI interviews, ni commentaires, et interdîction de fumer pendant les concerts ! Plus inquiétant : cette injonction interdisant à la presse de publier la moindre photo du clip, qui est coproduction Virgin, Rita et Laser Film Video System, la plus grosse boîte de post-production sur la marché, la mieux équipée en machines et en ordinateurs graphiques, dirigée par Jean-Pierre Sykias. C'est Virgin qui a choisi Nakano après avoir vu ses autres réalisations, notamment le clip de Dee-Lite: Groove is in the heart. "Tout le monde est tombé d'accord. Il a ce côté pop un peu dingue, carrément bizarre qui va si bien aux Mitsouko."

Nakano est l'inventeur de procédés qui permettent d'obtenir ces fonds délirants, par utilisation d'un kaléidoscope d'ailleurs fabriqué pour l'occasion. Un engin énorme, mesurant 1,50 m de haut et pesant pas loin de cinq kilos. Doté de dix lamelles de miroirs à l'intérieur qui démultiplient les images à des millions d'exemplaires, il suffit de fixer l'objectif de la caméra dessus et de filmer. Ensuite, grâce à une machine qui s'appelle Amiga, on effectue des répétitions de ces images en changeant les couleurs... Tous les autres effets ont été réalisés en post-production sur une Kanenza, le top des ordinateurs vidéo. Enfin, les images du groupe, complètement destructurées, que l'on voit au début et au milieu du clip, ont été filmées avec une caméra morte : " Il s'agit d'une caméra dont le tube est hors service après dix ou quinze ans d'utilisation. Celui que l'on a utilisé était vraiment pourri, il ne prenait parfois que la moitié de l'image, ou rien du tout ou bien il envoyait le personnage en noir et blanc et balançait des couleurs insensées autour de lui... ',

Deux jours de studio pour le tournage direct dont une journée non stop de vingt-quatre heures, une autre consacrée au filmage des décors et des maquettes comme les colonnes vertes que l'on voit vers la fin du clip. L'ambiance du tournage a parfois été volcanique. Les décorateurs étaient encore à travailler sur certains décors que le tournage commençait déjà, et Hiroyuki Nakano ne prépara rien avant le tournage, effectuant ses recherches sur place, sans plan de travail !

Tête du directeur photo et de tous les techniciens tournant en rond jusqu'à ce qu'il ait pris une décision pour ensuite mettre la scène au point en un temps record ! Les Rita se sont occupés de leurs costumes avec Jean-Paul Gaultier et ont assisté au montage, se contentant de dire : " On aime, on n'aime pas! ". Ce qui ne semblait pas beaucoup gêner, Nakano... Si les Rita Mitsouko ne sont pas des gens faciles, Nakano n'est pas non plus quelqu'un d'accessible, indifférent à l'agitation ambiante, perché sur sa planète personnelle. Et puis dénicher un studio avec six mètres de hauteur de plafond, rare à Paris, fut une vraie galère, mais le résultat justifie qu'une trentaine de personnes se soient pris la tête ! Techniquement, visuellement, artistiquement et nerveusement, Hip Kit tient donc du miracle.