ROCKLAND

Dec 1988 - N7

RITA MITSOUKO : De l'art ou du cochon ?

Catherine Ringer et Fred Chichin auraient pu être un couple sans histoires, marié, deux enfants, un break Volvo et le chien derrière... Mais le fruit de leur union, Rita Mitsouko, en a décidé autrement. Encore que...

Extravagants, subversifs, imprévisibles... ils sont les nouveaux bouffons au service du roi "media" et TOUT LE MONDE se les arrache... Comme dit votre bouchère : " ils ont bien réussi ".

Malgré tout, ne nous fions pas aux apparences ; "rock" dans leur musique, le sont-ils autant dans leur tête ? Où s'arrête la spontanéité (folie), où commence le business (réalité) ? Et si la PME Rita Mitsouko n'était qu'un énorme soufflé au fromage, impressionnant mais étonnamment vide ? A l'occasion de la naissance de "Marc et Robert", les Rita se révèlent.

Il était une fois une ex-actrice de porno et un ex-marionnettiste qui voulaient chanter " pour faire comme les Stones ".

Un beau matin de 1983, vous y êtes venus et n'en êtes pas pas revenus. Vous êtes tombés sur un titre insensé et en français ! Après plusieurs écoutes, vous avez découvert qu'il s'agissait d'un délire braillé par une hystérique - Marcia Baila.

Deux ans après, on prend les mêmes et on continue. Ils réussissent un tour de force fabuleux : faire guincher dans les bals de France et les caravanes estivales sur une autre composition tordue : Andy. Dans le même temps, le cadre jet-set-bronzé-manucuré à la recherche de la brancherie ultime, looké et fier de l'être, se délecte de l'album dont ce titre est extrait ; sûr de son choix, il se sent déculpabilisé : s'il écoute ce genre de groupes, c'est qu'il doit bien être "dans l'vent", finalement... Le Palace et Arcachon se retrouvent, ils dévorent tous le No Comprendo et restent impressionnés.

Quelques hits plus tard, en 88, le groupe est devenu une institution. Le peuple français, reconnaissant, ne rate pas une occasion de les ovationner ; la sortie de leur disque est attendue comme on attend la fin de Pinochet. L'album "Marc et Robert" est comme on l'imaginait : excité et excitant.

Les Rita Mitsouko sont INOUIS. Ils semblent être arrivés là par hasard, avoir débarqué de nulle part... C'est comme si demain votre concierge se réveillait avec le génie de la musique; bien entendu, elle restera concierge - on est attaché à son petit confort - mais elle sera, en plus, douée d'un talent musical hors du commun, d'une capacité à ingurgiter, digérer et re-vomir des images, des sons, des couleurs...

Les Rita sont comme çaaaaaaa... (la la la la ...) : des artistes fous de génie et purs, candides, simples et pourtant parfaitement rompus aux mécanismes du business, des médias... Leur force, c'est d'avoir su réunir autour d'eux des catégories de fans diamétralement opposés; on ne le dira jamais assez : tout le monde adore les Rita. TOUT LE MONDE!

Catherine RINGER : Ce qui m'étonne le plus dans ce qu'on fait, c'est la largesse du public ; il y a des tas de gens qui nous écrivent, des gosses de 2 ou 3 ans dont c'est la maman qui a rédigé la lettre... et même des vieux papys de 80 ans. C'est certainement dû au fait qu'on est à la fois jeunes et vieux. En travaillant, on s'imagine plus vieux et on se rappelle notre jeunesse (rires). De toutes façons, depuis que je suis petite, je m'imagine vieille ; ça aide !

Fred CHICHIN : On ne méprise personne. C'est comme les Beatles : ils n'ont jamais chié sur personne, c'est une question d'attitude. On a reçu des lettres d'Inde, du Mali, de Hong-Kong, du Liban, d'Afrique... Du monde entier ! Sans déconner, des lettres avec des timbres magnifiques... !

CR : Ils nous posent des questions délirantes; ils nous demandent si on est en bonne santé, si nos parents vont bien...

FC : On est heureux d'avoir des fans, mais jamais on ne montera un fan-club ; on ne veut pas arnaquer les kids ou se faire de l'argent sur leur dos ; sinon, c'est dégueulasse. (emporté) On n'est pas comme ces groupes qui font envoyer 10 sacs pour un T shirt et une photo tamponnée. Et les kids dépensent leur fric. C'est dégueulasse !

CR : Ce qu'on pensait faire, c'était sortir un package de K7 inédites, des démos, des versions inconnues de nos chansons ou en avant-première, des morceaux jamais sortis, des photos... Et filer tout ça à prix-coûtant à ceux qui suivent le groupe de près. On veut donner aux gens l'impression qu'ils appartiennent à un cercle.

Vous avez la réputation d'être des "artistes" à part entière, qui font ce qu'ils veulent, quand ils veulent, s'ils le veulent... Dans la recherche du succès, n'allez-vous pas être amenés à revoir ce genre de position ?

FC : C'est vrai qu'on fait ce qu'on veut, c'est pas une image qu'on donne ; c'est même une règle. On ne peut pas s'en sortir autrement... On ne fait aucune concession. (il s'énerve) Sinon, c'est infernal. Tes bouffé par la pub, le commercial, le pognon. Si tu te laisses bouffer, tu meurs. Il y a tellement de fric partout, qu'on va arriver un jour à mettre de la pub entre les chansons sur un disque. Je te le garantis; rappelle-toi bien de ce que je te dis... Les artistes ne pourront pas refuser...

CR : Notre carrière est complètement basée sur les Rolling Stones. Avant de faire une chose, on se demande toujours : " Est-ce que les Stones le feraient ? " ! On a refusé une pub pour Orangina, parce qu'on s'est dit que les Stones ne feraient jamais une pub pour Orangina. Ce sont un peu nos modèles au niveau business. Ils ont toujours fait ce qu'ils ont voulu, parce qu'ils y croyaient. C'est un peu simpliste comme système, mais ça marche ! Ils n'ont jamais fait aucune concession ni saloperie. Comme eux, on veut vieillir en chantant; moi, j'espère m'éclater encore à 70 ans.

Et comme eux, vous songez sérieusement à vous exporter... Le passage par Londres restera-t-il gravé dans vos mémoires ?

FC : Dans les salles, là-bas, il y avait tous les Français de Londres. C'était nul... Et ils étaient genre carrément avec les drapeaux de supporters, style " on est français, on en est fiers ". Ils étaient contents, mais nous, on n'a pas vu le public anglais ! (rires) Et ce n'est pas à cause des gens qui n'ont pas voulu venir nous voir, mais c'est une planterie du business... Un plan de la maison de disques. Les Anglais, ils ont un tel monopole qui leur ramène tellement d'argent... ils ne veulent pas le perdre ; c'est pourquoi ils écrasent tout. Exemple, en ce moment, on est en train de se bagarrer avec eux : pour sortir le disque là-bas, ils veulent changer les titres, la pochette... Ça ne va pas passer ! (agacé) On leur a dit " Fermez vos gueules ! Vous sortez cet album comme il est ; vous en voulez ou vous n'en voulez pas ! " C'est puant comme business. Ils veulent que tout parte d'eux. Ils font vraiment chier. Alors que les musiciens sont très sympas. On a bien accroché avec eux...

Côté business puant, les Etats-Unis sont aussi bien servis...

FC : Le PDG de la maison de disques m'a dit que si on voulait vendre aux Blancs, il fallait que je me coupe la moustache... Donc, on a dit qu'on ne travaillerait pas le marché blanc. C'est fou. Au moins, en France, on est plus libres. Cela dit, la tournée était excellente !

CR : Ouais, c'était bien! On s'est décidés en une semaine. C'était très spontané. On a engagé un agent là-bas; il a monté une tournée en cinq jours. Et c'était génial. On avait le trac aux Etats-Unis. Et leur réceptivité a été géniale. C'était vachement bien. D'autant qu'on chantait en français... Là, on prépare des dates à Moscou pour noël.

Alors justement, chanter en anglais, ce n'est pas une concession destinée à s'ouvrir le marché anglo-saxon, marché porteur, comme disent les business-men ?

FC : On n'a jamais fait de concessions ! En revanche, on s'est fait avoir. Après le succès de Marcia, on a vraiment découvert ce business, le fric, et les gens qui nous ont fait les plans d'incrust'. Quand t'as une réussite fulgurante comme ça, t'as plein de gens qui te sautent dessus; ils veulent croquer du gâteau sans rien faire ; et tu ne peux vraiment travailler qu'après avoir épuré.

CR : On a toujours fait ce qu'on a voulu ! Ouais ! Parce qu'on a toujours bien aimé les Rolling Stones, quand même ! (rires) Et le fait de chanter en anglais, c'est pas plus mal. Ça tombe bien ; comme ça, on ouvre sur tout, et pas seulement sur les Anglais, mais aussi sur l'Espagne, par exemple. Moi, je chante en anglais parce que c'est, avec le français, la seule langue que je connais. Mais si j'en savais une troisième, je l'utiliserais pour chanter.

Mine de rien, vous semblez toujours savoir où vous mettez les pieds. Ça signifie que vous contrôlez tout, du début à la fin, ou c'est juste un hasard tout ce qui vous arrive ?

FC : On ne peut pas se permettre de laisser les choses au hasard. Il faut qu'on soit au courant, sinon on va très vite être largués. On doit connaître les nouveaux appareils ; si on ne sait pas s'en servir, on sera obligés d'avoir des musicos, et il faudra les payer, et ils feront tout à notre place... C'est pas possible, on doit toujours tout contrôler nous-mêmes, tout faire nous-mêmes. Pareil pour les clips ; on participe à 50 % à leur élaboration. On s'occupe vraiment de tout. On connaît bien les coûts de production, donc on sait où on va, on connaît les marches à suivre.

Alors justement, où allez-vous ? Pourquoi vous faites tout ça ?

FC : Quand j'étais petit, on me demandait ce que je voulais faire plus tard, et je répondais que je voulais être batteur, comme Ringo Starr... ou jouer dans un groupe, c'était mon truc.

CR : Pour moi, c'est assez émotionnel, spontané. Je voulais absolument être poète ou chanteuse. J'écrivais des poésies. On les lisait à l'école... J'étais une bonne élève, c'est pas du tout Rolling-Stonien comme truc, mais j'assurais. Ce que j'écrivais, c'étaient des imitations de poèmes que j'apprenais à l'époque, genre Hugo...

Et maintenant, ce que tu écris, tu considères que c'est de la poésie ?

CR : Ce n'est pas tellement plus élaboré, mais ça reste de la poésie, malgré tout.

Le dernier album s'appelle "Marc et Robert". Là encore, il s'agit d'un titre poétique ?

FC : Il n'y a pas de délire derrière ça. Il fallait un titre, et on n'avait que celui-là. On voulait un nom qui fasse que tout le monde, partout, puisse le comprendre. C'est un nom, quoi. On aurait pu appeler cet album " 1,2,3... "... C'est un titre, comme ça.

C'est pareil pour le reste de l'album? Comment vous voyez-vous évoluer par rapport au No Comprendo ?

FC : On ne sait pas. On n'analyse pas, c'est pas à nous de le faire. Sur cet album, tout a été fait de façon directe. On n'a pas trop réfléchi, il y a beaucoup d'impro.

CR : Ouais, tu sais, on n'est pas tellement analyseurs. Tout le disque, c'est une sorte de gromelot ; en

écrivant, j'essaie de mélanger différents registres de langage...

FC : Il n'y a aucune rature sur les feuilles de Catherine. C'est étonnant ! Elle écrit tout d'une seule traite.

(admiratif) Nous, on voulait un disque simple, sans trop de trucs ou d'ustensiles. Avant d'enregistrer, on se demandait toujours si tel ou tel instrument était vraiment nécessaire... On fonctionne dans le sens de la chanson ; c'est pourquoi on a tout fait sans se prendre la tête, sans trop y réfléchir.

CR : On fait des disques, et les gens les prennent comme ils veulent. On ne dira jamais de quelqu'un qu'il est con parce qu'il a compris un truc auquel on n'a pas pensé. S'il a analysé comme ça, c'est peut-être vrai, quelque part. Les gens reçoivent ce qu'on fait comme ils le sentent. Chacun a sa propre écoute, c'est ce qui est fascinant.

Il y a de plus en plus d'agressivité, de dérision dans cet album. Vous êtes comme ça dans la vie ou c'est juste une image ?

CR : On est vraiment comme ça, dans la vie. Moi, je suis quelqu'un d'assez cassant. Dès que j'ai un coup dans le nez, j'ai l'impression de sortir des trucs drôles, de bonnes blagues, alors qu'en fait, c'est absolument méchant ! Je sais être très désagréable. Je suis assez cynique comme personnage, très "gniark,gniark".

FC : Pas moi. Je suis au contraire très premier degré. Je flashe plutôt sur des trucs sérieux.

Et si jamais cet album ne marchait pas ?

CR : Ça nous ferait flipper, mais on n'en mourrait pas. Notre style va retomber au bout d'un moment, j'veux dire... Ça va s'arrêter au bout d'un an, je pense.

FC : C'est normal de ne plus avoir de succès. On s'y attend, c'est envisageable. On va se trouver dans le creux de la vague, un jour ou l'autre. On va arriver au bout, ça arrive à tout le monde. Mais ça ne nous angoisse pas, on trouvera alors une autre idée, on fera autre chose. Nous, on refuse de faire comme Indochine, ressortir toujours le même disque. Quand on sera bloqués, on dissoudra le groupe et on fera autre chose. C'est plutôt sain, même Bowie a fait ça. Il ne faut pas s'éterniser...

Bref, vous avez pensé à tout. Ça veut dire aussi que vous calculez tout ?

CR : On ne calcule jamais. Ou plutôt, on calcule de ne pas calculer. On ne peut plus faire autrement. Ce serait impossible. On fait gaffe à la qualité et au son, comme tout le monde, mais on n'en fait pas tout un plat, NOUS !

FC : On ne fait que prendre des risques. C'est très Rolling Stones ça encore... Pour l'album, il n'y a eu aucune maquette, aucun garde-fou, c'est pourquoi c'était si éclatant. C'est nul, les gens qui cirient partout qu'ils ont un super son et une super production. Honnêtement, on s'en fout. On fait gaffe, nous aussi, mais sans se prendre la tête. Faut pas déconner.

CR : Quand on enregistre, on est ailleurs. On est coupé du monde, plus rien n'existe autour. C'est ça qui est génial dans la musique.

FC : A tel point, que lorsqu'on revient, on déprime. C'est comme la came : tu t'éclates pendant et tu flippes en descente. C'est pour ça aussi que les chanteurs picolent après une scène, parce que c'est déprimant.

Vous avez l'impression d'être des gens exceptionnels ?

FC : Ca dépend des jours. Quand je suis chez le boucher, j'ai vraiment l'impression d'être comme tout le monde, surtout quand je suis dans la queue. Mais quand je suis en studio avec Jesse Johnson, j'ai l'impression d'être différent. Mon boulot n'est pas le boulot de tout le monde, mais dans la rue, je suis et je me sens comme tout le monde. Au niveau de notre quotidien, il n'y a rien à dire. Rien de spécial. Interviewe la secrétaire à côté, elle est aussi intéressante que nous... On est particuliers en musique, mais dans la vie, on est comme tout le monde. Une concierge peut avoir une vie fabuleuse, alors que pour les rock-stars, ce n'est pas le cas. C'est du pipeau de croire qu'on a une vie de rêve. On ajuste un job différent. Point. Notre vie est très spéciale, mais pas plus ou moins ringarde que celle des autres. Et on croit que tout est plus fort... (exaspéré) Notre existence est peut-être moins extravagante que le mec qui se lève à 6 heures du mat' pour aller bosser à la chaîne.

Ça veut dire qu'au niveau de votre vie, de vos conceptions... vous n'avez rien à déclarer ?

FC : Je ne vois pas pourquoi on parlerait plus de notre vie que d'autres gens.

CR : Tout ce qu'on pense, les conversations de bistrot, on les garde pour nous. La politique, la religion, c'est personnel, on n'en parle pas.

Vous êtes pourtant des modèles pour des milliers de gens. On peut donc croire que vous êtes un peu des porte-paroles d'une certaine façon de penser ?

CR : M'en fous. Parce que nous, ce qu'on donne, c'est uniquement notre musique et nos images. Le reste, on donne rien. Moi, je ne file rien de ce que je pense. Je garde tout pour moi, ou alors je m'exprime dans les chansons. On est un groupe, c'est du travail artistique, c'est un produit ce qu'on fait.

FC : Le rock, c'est un miroir. On s'en fout de la vie privée des artistes. Le plus important, c'est la musique.

CR : C'est que du travail artistique, ce qu'on fait... Alors, tu sais...

Gilles RENAULT - Marc POTIN

 

RITA GOES TO LONDON

Les Anglais ont (poliment) craqué sur "Marcia Baila". A peine le titre figurait-il dans les charts britanniques, que la presse insulaire s'arrachait les cheveux et les mines de crayon pour sonder ces Frenchies pas comme les autres. Bonjour les fautes de goût !

Le Record Mirror tomba le premier dans les clichés ringards en écrivant que le duo lui rappelait "The frog in Edith Piaf's throat (le chat au fond de la gorge dE.Piaf). Tout l'érotisme britannique se révèle dans cette phrase. Le Melody Maker ne manqua pas l'occasion de tomber dans un autre panneau en découvrant avec stupéfaction que " personne dans le groupe ne s'appelle Rita " !

Le Huddersfield Daily Examiner, journal local du nord de l'Angleterre, lui, compara "Marcia Baila" à " de la musak de supermarché, avec une mauvaise surprise à la fin ".

Comprenne qui peut... Même part du Halifax Evening Courier qui proclama carrément que le disque "se casserait la gueule". Dans un article intitulé "Le nouveau duo", You, le magazine en couleurs gratuit distribué avec le journal du dimanche The Mail on Sunday, explique avec intelligence (surprenant !) que " les compositions en anglais du groupe ne sont pas des traductions pures et simples pour faire plaisir au public anglo-saxon ". On est rassuré...

C'est malgré tout The Obser'ver, autre journal du dimanche, qui décrivit le mieux le style des Rita : " Ils jouent avec le rock à l'américaine qu'ils bombardent de jeux de mots français que je ne comprends pas mais qui me font quand même rigoler ". Enfin, décernons la palme de la phrase la plus fine à Cash Box qui démarra le sujet sur les chapeaux de roues en annonçant que " La France n'est pas la capitale du rock ". C'est dit, c'est clair. Le magazine se rattrape en permettant à Catherine de chanter les louanges du boss de Sire Records, qui découvrit entre autres Madonna et Talking Heads. Ce ponte du show-bizz joue volontiers les francophiles et, non content d'avoir offert à Rita Mitsouko un contrat pour le marché américain, il lança aussi Caroline Loeb aux States en croisant très fort les doigts pour qu'elle ne s'y ramassât point...

Pierre PERRONE

 

RINGER-LAVOINE

"Il n'y a pas de honte à faire de la variété"

Catherine Ringer, on la croyait maquée ad vitam aeternam avec Fred Chichin. Quelle ne fut pas la surprise des héraults de la rock critique lorsqu'ils la découvrirent dans les bras de Marc Lavoine... Le duo "Qu'est-ce que t'es belle", pétard d'un bal de quatorze juillet d'avant-guerre, éclata sur la scène de la Cigale : il y a un an, les concerts de Marc Lavoine offraient en prime l'apparition d'une Ringer sans artifice, bouleversante de grâce et de fragilité. Pour Lavoine, bluffé comme tout le monde, Ringer reste inclassable et insaisissable :

Catherine, lorsqu'on l'entend, on ne sait pas si elle est française ou si elle vient d'Argentine, d'Amérique du Sud. Elle pourrait venir de n'importe où... C'est ça qui est génial ! Elle a une dimension très forte qui est représentative de la France d'aujourd'hui, du métissage français. Elle a vécu les années 70-80 et a complètement assimilé cet héritage. C'est la plus grande chanteuse française depuis Edith Piaf. "

Des termes enthousiastes tempérés lorsqu'on demande à l'intéressée de parler à son tour de cette rencontre du 3e type :

" Quand j'ai ré-écouté le morceau, je me suis dit que je n'ai pas assez bossé sur le remix. Je suis arrivée en studio, j'ai chanté... et voilà. Le remix est raté, le clip est raté. Mais je n'ai pas assez travaillé. Alors que ce truc est vachement bien. Le mec qui dit qu'elle est belle et elle qui répond qu'elle est pas belle. C'était génial et ça collait avec l'image que je voulais donner. Mais le travail dessus n'est pas excellent. Ce qui était drôle, c'était l'association, cette antinomie. Et j'aime bien Marc Lavoine. On n'est pas un groupe hermétique qui méprise la variété. D'ailleurs, nous faisons de la variété ! Moi, j'ai plus de mépris pour les artistes de variété qui disent qu'ils font du rock... C'es't nul. Il n'y a pas de honte à faire ou à écouter de la variété. Marc Lavoine, il affirme être dans la lignée Claude François, il assume. Et son disque est bien. Il y a de vachement belles paroles. "Même si", c'est vachement beau comme slow... "

J-M L-G.