ROCK SOUND N°10 Janvier 1994

Interview Alain Gardinier

LES RITA

Le system'itsouko


Une décennie déjà que le duo Ringer/Chichin en parfaite iconoclastie sème du poil à gratter dans les échancrures racoleuses et vulgaires d'un système qui n'a jamais été le leur et qui de toute façon le méritait bien. Hier fédérateurs et idolâtrés (de Drucker à la presse spécialisée, de Sevran à Libé), aujourd'hui discutés et critiqués (peu ou prou par les mêmes), ils poursuivent néanmoins en toute indépendance un route faites de découvertes, de rencontres et de coups de cœur, passant entre les dents de leur moulinette amoureusement bricolée toutes les tendance du rock de cette fin de siècle. "Système D" ne pouvait pas mieux porter son nom. Evocation d'un parcours guidé par un solide toupet.

Cela fait quatorze ans déjà que vous êtes ensemble dans le travail comme dans la vie. Vous surprenez-vous encore mutuellement ?

Catherine : Oui, beaucoup. Les bonnes idées qu'il a, la façon de prendre la musique, ses réponses, il me fait rigoler et tout contribue à ce qu'il me surprenne encore.

Si l'on reprend depuis le début, il y aura eu pour toi Catherine les expériences les expériences avec Xénakis, le porno, pour toi Fred, la taule, les tournées avec des marionnettes, la route. Quel est aujourd'hui votre regard là-dessus : C'étaient des galères, des expériences obligatoires ou un enrichissement ?

Catherine : Un enrichissement…

Fred : Des expériences, la vie… En fait, on vivait normalement et en me rappelant de tout ça, je ne vois pas de galères, plutôt des souvenirs assez bons avec des moments plus ou moins agréables ! Mais je n'ai pas d'époque noire en me disant : "de telle période à telle période, c'était horrible !" A l'époque, je vivais au jour le jour.

Et puis il y a eu cette rencontre durant Flash Rouge. Quel était le concept Flash Rouge ?

C : C'était un faux groupe de rock, un genre de comédie musicale super politisée montée par Marc'O qui avait déjà monté "Les Idoles", je ne sais pas si cela dira grand chose au public de maintenant. Il m'avait demandé de reprendre ça, c'était toute une diatribe sur les Brigades Rouges, c'était la fin du gauchisme en fait. Je n'était pas spécialement pour les textes dans leur totalité, mais c'est la première fois que je chantais avec un microcar. Juste avant, j'étais chanteuse en acoustique. Le fait aussi que je chantais avec un band, guitare-basse-batterie, ça a pesé dans la balance. On a répété pas mal de temps dans les sous-sols du Trocadéro, on a joué un petit peu dans les banlieues, et au bout d'un moment, tout le monde en avait marre de ne pas être payé et les musiciens sont partis pendant que Marc'O se prélassait en Italie, et on a auditionné de nouveaux musiciens en rencontrant le père de Fred après être passés dans sa salle à Montreuil. On l'a rencontré à Beaubourg, on lui a dit qu'on cherchait des musiciens et il nous a parlé de ses deux fils qui étaient musiciens : voilà comment j'ai auditionné Fred.

A l'époque, le grand truc pour parler de vous était de bien notifier votre côté bricolo, genre "ils travaillaient dans leur cuisine". C'est une image dont vous étiez fiers ?

F : C'était la réalité : A l'époque des premiers concerts au Gibus où il y avait énormément de punks et de jeunes groupes, on allait jouer là-bas avec mon père qui était artiste peintre, un vieux monsieur ressemblant à Einstein avec des cheveux blancs, et qui avait construit une lanterne magique dans laquelle il faisait de la peinture en direct avec plein d'éléments : de la peinture mais aussi de la lessive, de l'eau… une espèce de light show. La réaction du milieu rock a été assez marrante. Ils étaient très étonnés de voir des gens de soixante ans, vers deux heures du matin, se mêler aux punks. De plus, il avait invité ses amis, c'est à dire toute une bande de gens entre soixante et soixante-dix ans présents au concert.

Quand on parle des débuts de Rita Mitsouko, on se doit de citer Jean Néplin…

F : J'ai joué avec lui pendant un an, j'avais un groupe qui s'appelait Fassbinder, on a fait des maquettes et nous sommes allés voir les compagnies de disques, puis il a rapidement déjanté. En un an, nous avons été assez prolixes mais il était tellement barjot que j'ai laissé tomber.

C : Quand j'ai rencontré Fred, il m'a fait écouter des choses qu'ils avaient faites et j'ai trouvé ça très beau car en plus c'est quelqu'un qui avait la faculté d'improviser en français, ce qu'on cherche maintenant dans le rap, et c'était un très bon souvenir pour Fred, ce chanteur qui a malheureusement glissé dans la folie et la détresse. Donc, voilà pourquoi nous avions gardé un petit espoir de faire un groupe à deux chanteurs, mais ça n'a pas marché.

En 1984 sort votre premier album : vous l'avez vécu comme un rêve réalisé, un aboutissement ou comme une suite logique à tout ce que vous aviez vécu ?

F : C'était plutôt une suite logique. Cela faisait deux ou trois ans qu'on travaillait sur ces morceaux, on en avait fait plein de versions. Ensuite, on a sorti un premier 45 tours et obtenu le contrat chez Virgin. Un an s'est écoulé, entre le moment où on a signé et celui où le premier disque est sorti. C'était dans la continuité.

C : En fait, entre le moment où l'on a commencé à travailler tous les deux (puisqu'on a rapidement laissé tomber Flash Rouge) et le disque, cela représente cinq ans, de 1979 à 1984. Nous avons quand même beaucoup tourné, et nous ne voulions pas galérer pour signer sans n'importe quelles conditions. Surtout pas dans une toute petite compagnie où on savait que cela ne donnerait rien, que notre galette resterait peut-être dans un tiroir. On voulait signer dans une major et cela a pris du temps.

Vous pensiez déjà à cette époque faire une chanson sur Marcia Moretto ?

F : Nous avions déjà la musique et un matin, on nous a téléphoné pour nous apprendre sa mort. Le lendemain Catherine a pris son stylo et a écrit la chanson, comme ça, d'un jet.

C : Au départ, nous étions partis d'un petit garçon qui chantait "talon" (sur l'intro de Marcia Baïla) : "talon talon talon…" en regardant son talon. J'ai trouvé cela marrant ; vous voyez où va se nicher l'inspiration ! Puis, nous avons commencé tous les deux à travailler à partir de ce riff, et les paroles étaient en "gromelot" puis après j'ai écrit les paroles définitives en hommage à cette danseuse que je trouve extraordinaire.

Justement, quelle a été votre attitude par rapport au succès de "Marcia Baïla" ?

F : Quand le succès est arrivé, nous étions en tournée : l'album est sorti et "Marcia Baïla" a été découvert par les clubs, par les DJ's qui ont commencé à le passer. La maison de disques avait misé sur un autre titre, "Restez avec moi", une chanson pop : nous étions en tournée des clubs avec un petit bus, serrés avec le matériel derrière, et au fur et à mesure que ça avançait on nous disait "Eh les mecs, vous êtes rentrés au Top 50, vous montez au Top 50 !", et c'était les autres autour qui devenaient dingues ; je me rappelle surtout du tour manager ! Ah lui, il a perdu les pédales sérieux ! il y avait de plus en plus de monde qui venait dans les clubs et nous avions toujours ce matériel pourri, alors en catastrophe, ils ont fait venir une sono de Paris, mais elle ne correspondait pas pour les clubs, car elle ne rentrait pas, bref c'était assez folklo. Nous sommes passés un petit peu à travers mais c'était très drôle. Devant chaque club, il y avait des centaines de gens qui venaient et ne pouvaient pas rentrer, et nous étions dans le même trip bus - petit groupe, c'était marrant !

En 1985, vous partez aussitôt en tournée à l'étranger, New York, le Japon… on a l'impression qu'il s'agissait plus pour vous de vous faire plaisir que de prouver quelque chose ou bien de vous ouvrir d'autres marchés…

F : Oui, c'est notre métier de musiciens, on adore voyager, c'est naturel… on essaie de jouer dans le plus d'endroits possibles, partout, on prenait tout ce qui venait.

C : Depuis le début, on a toujours écouté de la musique du monde entier et on avait donc envie que notre propre musique aille aussi dans le monde entier. Cela nous paraissait normal de faire l'effort d'aller jouer à l'étranger, de voir ce que cela donnait, sans autres considérations que de chanter en anglais ou en français. Maintenait, nous nous organisons un peu plus ; par exemple, nous avons envie de faire une tournée chez les "Sept Dragons d'Asie" et nous allons faire sortir le disque là-bas étant donné qu'aujourd'hui, on a plus de moyens pour le faire.

F : A l'époque , je ne sais même pas si on avait un disque sorti ailleurs.

Si l'on suit une chronologie, il y a ensuite en 1986 le film de Godard, "Soigne Ta Droite". L'avez-vous revu depuis ?

F : Je le reverrais bien, de toute façon, nous ne l'avons pas. J'en ai un très grand souvenir et je pense qu'il a pas mal joué dans l'ambiance de l'album "No Comprendo". Je crois qu'il a amené une dimension, un suspense, une philosophie, une poésie… nous étions relax quand il filmait, cela nous a amené une aisance en studio et un regard.

C : Un regard de qualité car quand on sait qu'il y a quelqu'un comme ça qui s'intéresse à vous et qui vous filme, cela vous conforte dans l'idée que ce que nous faisons avec les Rita est quelque chose de qualité.

Les Rita Mitsouko, ce sont Godard mais c'est aussi Mondino, Gaultier, Tim Pope, la grande époque des clips. Etiez-vous des précurseurs ?

F : On venait du spectacle, Catherine et moi : Personnellement, j'ai travaillé à l'Opéra, dans le théâtre où j'ai fais des éclairages, des décors et puis les clips ont commencé à se développer, surtout à l'étranger. Pour nous, il était évident qu'il fallait désormais l'image, et nous nous sommes pas mal bagarrés pour que le clip de "Marcia" se fasse. On nous avait donné un budget de 50 000 Frs, nous avons trouvé un producteur qui lui a trouvé de l'argent… Tous les gens étaient très enthousiastes, il y avait une ambiance incroyable sur le tournage, c'était pratiquement le premier clip qui se faisait en France avec pas mal de moyens, environ 400 000 Frs, mais c'est un clip qui coûterait beaucoup plus cher maintenant, beaucoup de personnes ont travaillé gratuitement, et avec un engouement débordant. Nous avions l'impression de faire un truc nouveau. Je me rappellerais toujours de cette ambiance détonante sur ce tournage !

Vous êtes partie prenante ou vous laissez le réalisateur s'exprimer !

C : Ca dépend des fois : Nous sommes à la base du scénario, ou bien nous rencontrons quelqu'un que nous laissons travailler, tout dépend de l'ambiance.

F : Nous laissons beaucoup faire, nous apportons des idées. Tout est conçu comme du travail en corrélation. Nous sommes peut-être plus relax maintenant qu'avant. Cela vient des références, de l'expérience, car quand on discerne les ambiances, c'est toujours plus simple.

Les noms de Bowie, Sparks, Gainsbourg, Stones, Iggy reviennent souvent dans vos influences, tous des blancs, alors qu'en fait, vous êtes souvent entourés de blacks comme Prince Charles, Jesse Johnson et tant d'autres pointures…

F : Nous avons dû dire dans une interview au départ que nous aimions bien Iggy Pop, David Bowie, et puis c'est resté en étant reproduit alors qu'en fait nous écoutons des tas de choses, mais c'est souvent comme ça… la musique africaine nous intéresse aussi. Catherine était dans des ballets africains, et au lycée, je jouais avec des marocains, des algériens, James Brown dans le Juke-box du bistrot… A la limite, c'était tellement évident qu'on en parlait pas !

Mais ils vous apportent quand même aujourd'hui un feeling différent ?

F : Je trouve que ce sont les meilleurs musiciens. En musique moderne, ce sont les noirs américains qui sont très forts, ainsi que les africains ! de plus, ils ont une maîtrise de la technologie qui est assez surprenante, et qui passe par un autre chemin que les blancs, plus physique, donc plus moderne.

Autre rencontre surprenante, celle avec Marc Lavoine pour un duo…

C : un jour, Lavoine téléphone chez nous (imitant sa voix grave) : "Allô, c'est Marc Lavoine, bonjour, je voudrais parler à Catherine Ringer". Et comme le numéro était dans l'annuaire, pas mal de gens téléphonaient. Je lui ait dit "Ok, toi t'es Marc Lavoine et moi je suis les Beatles ! Au revoir !" Ceci avec le caractère aimable qu'on me connaît ; et je raccroche. Il récidive : "Mais, je t'assure, c'est Marc Lavoine". Je lui dit OK, chante moi une chanson pour voir si tu es vraiment Marc Lavoine !… alors il commence : "Elle a les yeux revolver, elle a le regard qui tue…". C'était bien lui. Il me dit qu'il a une chanson qu'il voudrait que je chante avec lui et m'explique : "Qu'est-ce que t'es belle, j'me sent pas belle…", j'ai trouvé que ça m'allais très bien de chanter ça, une fille de mauvais poil chantant "j'me sent moche", et le mec " mais oui, qu'est-ce que t'es belle…". J'ai découvert alors que la musique était belle, aussi je l'ai faite. De plus, c'est toujours des histoires pour bousculer les petits murs entre les styles de musique, si on s'en fout, on s'en fout, on fait les choses qui vous plaisent au moment où cela vous plaît.

Viens ensuite l'album de remixes, pour lequel vous disiez : " le plus difficile est de sortir de l'original tout en le gardant". Y êtes-vous arrivés ? Il semble que vous y avez passé autant de temps que sur un nouvel album…

F : Oh oui, j'ai passé un temps fou à la console, sans faire tous les titres ! J'ai du travailler sur quatre ou cinq titres. J'en suis encore fatigué ! Il est vrai, je n'avait pas beaucoup d'expérience ni de références : J'ai tout appris sur le tas et dû recommencer des tonnes de fois. Certaines chansons avaient 25 versions. Ce fut infernal ! Je ne pense pas le refaire de sitôt !

C : C'était aussi pour voir ce qu'on pouvait faire tout seuls en tant que producteur. Il était donc pratique de prendre des chansons déjà toutes faites, car quand on est en train de les écrire, composer et arranger, c'est plus compliquer que de les produire en parallèle. Nous avons comme cela pu voir si nous étions capables de nous débrouiller nous même dans un studio et savoir enfin si nous pourrions produire notre prochain disque composé de nouvelles chansons. D'ailleurs, nous sommes rendus compte qu'il fallait prendre quelqu'un.

F : surtout que nous avions placés la barre assez haut. Les autres remixeurs n'étaient pas les premiers venus ! Il y avait entre autre Jesse Johnson, William Orbit, Dee Nasty…

On vous a beaucoup vu en télé et à propos du play-back, vous disiez l'accepter car c'est du mime, puis vous l'avez rejeté. D'où vient ce changement d'attitude ?

F : C'était en fait à deux époques différentes. Au départ, quand nous avons commencé, nous n'avions pas d'orchestre et je ne pense pas que nous aurions pu reproduire le disque. Donc, ça se tenait et comme nous découvrions la télé, nous étions assez frais. Puis il y a trois ans, à l'époque du "Petit Train", j'ai commencé à vraiment m'ennuyer, je n'en pouvais plus et je voyais çà très ennuyeux pour le téléspectateur. En fait, maintenant, la technique a suffisamment évolué pour qu'on puisse faire du direct, et puis il y a eu une overdose de play-back. J'avais l'impression de ne rien donner et de n'offrir que du factice.

Vous vous êtes quand même bien amusés en télé !

C: Bien sûr, à l'époque où nous faisions plein de télé en play-back, j'adorais çà !

F : Je me rappelle celle de Guy Lux où tu as perdu ta dent ! (Catherine : "Çà m'est arrivé plusieurs fois !"). Elle avait un pivot qui est parti et ils étaient vraiment affolés, c'était marrant ! "Vous ne pouvez pas passer comme çà…"

C: Et celle de Drucker où tu me l'as retrouvée parterre ! J'étais en train de chanter "Ils sont parfais l'un pour l'autre", et sur le fait du mot "Parfait", clac, elle se barre ! le sol était tout blanc mais je voulais retrouver ma dent. Je me retourne pour chanter "L'un pour l'autre" afin qu'on ne voit pas le trou car j'en avais marre, je m'étais pas mal montrée sans ma dent, c'était suffisant. Fred me demande ce qui se passe, je lui montre et alors nous avons fait tout un jeu de scène jusqu'à ce qu'il la retrouve parterre et me la donne. Je me suis retournée et je l'ai remise et Ah ! Sourire !

F : Il y a même des émissions où certains croyaient qu'il s'agissait d'un dent peinte, pour le look. Le plus drôle, c'est qu'elle s'est fait remettre de suite un pivot qui tenait enfin pour, au final, nous demander de l'ôter !

C : Je me souviens aussi d'émissions au tout début, lorsque nous n'étions pas connus : l'idée d'un groupe en duo, réduit, était assez nouvelle et les cameramen ne filmaient que moi. Nous avions trouvé le système pour que Fred soit filmé : nous répétions tous les deux dos à dos. Nous ne bougions pas afin de les obliger à filmer Fred. Souvent, on ne filmait que la tête de Fred et ça ne donnait pas vraiment quelque chose de très intéressant, alors il suivait la caméra, regardait le monitor : s'il était filmé large, il laissait sa guitare en position normale, mais quand il voyait qu'il était filmé en gros plan, elle venait près de son visage, etc.

Vous semblez adorer la dance…

C : Oh oui ! la dance c'est une base de la musique. Il y a des tas de musiques, celles pour écouter en restant allongé, celles pour rêver et celles pour danser : c'est un des rôles principaux de la musique.

F : C'est vrai qu'on passe beaucoup en club et on y a pas mal tourné.

C : Et à l'étranger aussi, c'est grâce à ça que nous sommes un peu connus, par les DJ's qui mettent nos disques dans les clubs…

F : C'est comme ça que nous avons tourné aux Etats Unis, en fait. Les gens qui dansent se fichent de savoir si c'est en anglais ou en français. Quand nous avons tourné aux USA, ils pensaient qu'on était du Nord du Canada… La France, les ricains ne savaient pas très bien où c'était.

A propos de voyages, il y a eu ce film fait à Moscou qui ressemblait à un coup de tête soudain…

F : C'était un coup de tête. Nous allions faire une télé à Moscou et c'est Emmanuel de Buretel (Virgin) qui a dit : "C'est quand même pas commun d'aller faire une télé à Moscou". C'était avant la chute du mur, en pleine Glastnost. La veille, il a trouver Rolland Allard à la caméra et nous sommes partis, nous avons improvisé un film sans autorisations : nous nous sommes bien marrés ! à moins 35°, nous étions saouls perpétuellement tellement il faisait froid, tout le monde buvait de la vodka au boulot.

C : Tu dis qu'on étaient saoul perpétuellement, mais c'était le soir. Dans la journée, quand nous tournions le film dehors, nous nous enfilions un verre plein à ras bord de vodka ! tu le sentais légèrement, mais à peine tu sortais dehors toutes les calories engrangées étaient si vite évacuées ! On comprend pourquoi les gens picolent !

Il y a eu l'Inde, le film et le clip du "Petit Train" avec cette superbe chorégraphie. Quel travail !

C : On avait deux équipes : la grosse pour le clip et la petite plus légère. Nous sommes allés voir un maître de danse conseillé par une agence locale et nous avons demandé des danseuses avec un chorégraphe. C'est ainsi que nous avons rencontrés les deux messieurs un peu ronds du clip qui sont des maîtres de danse. L'un d'eux est ancien chanteur de charme devenu danseur. C'est lui qui a réglé les chorégraphies. C'est un souvenir merveilleux, car la musique et la danse ne rentrent pas dans une histoire d'argent même s'ils en font avec. C'est principalement une question spirituelle, mentale et même religieuse et c'est donc très important. Ils sont très sérieux en le faisant même si l'on s'amuse. Nous étions très à l'aise avec eux dans ce sérieux.

Vous revendiquez le fait de pouvoir aimer et s'inspirer de toutes sortes de musiques. Ce n'est pas si fréquent !

C : Je nuis pas du tout gênée quand j'écoute une chanson à la radio ou chez des gens, de l'aimer spontanément même si elle ne rentre pas dans un code culturel que je devrais aimer ou détester. Même si cela n'a rien à voir avec ce que je suis censée aimer, et que si ça me plaît, cela me plaira coûte que coûte. Si ça me fait de l'effet, je le reconnais tout de suite. Je n'ai pas honte de nos goûts.

Parlons quand même de l'actualité et de "Système D". Même si ce fut un peu fait à la va-vite, travailler avec Iggy Pop a dû vous faire plaisir !

F : Oui, quand même, surtout que cela fait longtemps qu'on écoute ses disques. Ce fut comme un pincement que de rencontrer la personne. Faire un morceau avec lui sur un disque, je n'y croyais pas ! Cela s'est passé en fait assez naturellement, il nous a mis à l'aise, il est relax, simple.

C : Je dois dire que les moments où nous avons levés les yeux tous le deux au moment, "I'm not an easy lover", puis toutes les paroles en français, quand on a chanté les yeux dans les yeux, je n'étais pas déçue !!!

Sur scène, on a l'impression que vous recherchez la simplicité dans les orchestrations…

F : Quand nous sommes passés un mois durant à la Cigale, le concept était "Le studio". Nous avions apporté une tonne de matériel avec des éclairages très sophistiqués. Là, nous prenons le contre-pied complet.

Catherine, tu parlais pourtant à une époque de monter une troupe de music-hall, soit un peu l'inverse…

C : C'est un truc que j'ai toujours dans le coin de ma tête car j'adore danser, mais il faut trouver un chorégraphe, quelque chose qui tienne car en dehors des chansons, il me faut une trame. C'est autre chose qu'un concert et c'est plus long. Il faut trouver d'autres gens, ce n'est pas évident mais j'aimerai bien. Ce sera quand nous croiseront les gens qui nous permettrons de le faire car en fait nous nous mettons à travailler naturellement en fonction des gens que nous rencontrons.

Le fait d'avoir tant attendu entre deux albums n'était pas également le fait d'un certain essoufflement ?

C : On nous dit toujours "Pourquoi n'avez vous pas sorti de nouvelles chansons" mais c'est aussi pour ça, parce que nous n'étions pas dans le truc, pour en avoir fait pendant dix ans et là, nous avions une sorte d'essoufflement, donc on peut dire que nous avons repris notre souffle.

De quoi êtes-vous les plus fiers !

C : Je suis assez fière d'arriver à driver notre carrière, de réussir à se débrouiller dans cet univers industriel, à garder un côté artisan et de faire ce qui est profitable pour que la musique soit bien pour les auditeurs.

F : Arriver à garder de l'enthousiasme, de la fraîcheur. Ne pas finir aigris ou blasés, c'est ce qu'il y a de pire !